Cannes 2025 : la polémique Bolloré divise le cinéma français
Cannes 2025 : la polémique Bolloré divise le cinéma

Le 79e Festival de Cannes s'achève ce samedi 23 mai, mais les échos de la polémique qui a secoué la Croisette résonnent encore. L'homme dont on aura le plus parlé pendant douze jours n'est ni metteur en scène ni acteur : il s'appelle Vincent Bolloré. Une onde de choc a frappé le festival en deux vagues successives.

Une tribune et une riposte qui enflamment les débats

D'abord, la tribune publiée dans Libération le jour de l'ouverture, dénonçant « l'emprise grandissante » de l'extrême droite sur le cinéma français par l'« intermédiaire » de l'industriel breton, principal actionnaire de Canal+. Ensuite, la riposte de Maxime Saada, patron de Canal+, qui a annoncé l'intention du groupe de boycotter les 600 signataires de la tribune, rejoints ces derniers jours par Ken Loach ou Javier Bardem.

Ce mauvais film n'en finit pas de déchirer le cinéma français, jusqu'aux Nuls : Dominique Farrugia a apporté « tout son soutien » à Maxime Saada, tandis qu'Alain Chabat a fustigé, ce jeudi 21 mai, dans la réaction du dirigeant de Canal+, « un coup de pression à deux balles ».

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Une inquiétude réelle mais une formulation maladroite

La tribune a eu le mérite de mettre en lumière une inquiétude réelle dans le milieu du cinéma, jusqu'ici tue par peur des représailles. Cette inquiétude repose sur deux faits objectifs : la position dominante de Canal+, principal financeur du septième art hexagonal, et l'agenda idéologique de Vincent Bolloré, qui se déploie sans ambiguïté sur CNews, Europe 1, dans le JDD, chez Fayard…

Cependant, la formulation maladroite du texte s'est retournée contre ses signataires, entre expressions excessives (« prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif ») et absence d'exemples concrets de censure. Le fait est que le spectre des nombreux films financés par Canal+ est large, sans coloration idéologique particulière. De nombreux réalisateurs ont dit avoir pu travailler jusqu'ici en toute liberté avec le groupe.

Les trois piliers du cinéma français pris au piège

France Télévisions, le CNC et Canal+ sont pris au piège d'une guerre culturelle. Tout le monde s'est pris les pieds dans le tapis rouge : les anti-Bolloré, avec un texte trop hors sol, et Maxime Saada, en répondant par l'intimidation, au risque de valider les craintes des pétitionnaires.

Le cinéma français devrait être un motif de fierté. Il est l'un des plus performants au monde, en entrées, nombre de films, rayonnement… Pourtant, ses trois piliers au plan national, France Télévisions, le Centre national du cinéma (CNC), que le RN veut supprimer, et Canal+, n'ont jamais été si contestés. Ils sont devenus des cibles, pris au piège d'une guerre culturelle où les vrais enjeux sont éclipsés, notamment la baisse globale des financements, et où l'idéologie joue les premiers rôles. Grosse erreur de casting.

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