Celtic Interconnector : le chantier titanesque qui relie la France à l'Irlande
Celtic Interconnector : un chantier titanesque France-Irlande

Dans les contreforts de la plage de Groac'h Zu, non loin de la côte de Kerfissien, sur la commune littorale de Cléder, on peut, depuis quelques semaines, apercevoir un curieux chantier dans lequel deux épais câblages plongent littéralement sous terre. « Je ne savais pas ce que c'était avant de lire les panneaux d'information, plutôt bien fichus, un peu plus loin », glisse un couple de marcheurs, originaires du coin, venu fouler le GR34 passant à proximité. « Mais quand on a su de quoi il s'agissait, le nom nous a rappelé quelque chose… »

Un projet ambitieux pour connecter l'Irlande à l'Europe

Le projet en question, une jonction par câbles sous-marins de haute technologie entre la République d'Irlande et la France, est un véritable « serpent de mer » dans le Finistère nord. Le Celtic Interconnector était envisagé depuis 2013 pour transporter de l'énergie entre les deux pays, y compris les énergies renouvelables entrantes sur le réseau RTE. Au total, ce sont 575 km de câbles, dont 497 km sous la mer, qui permettront d'accomplir, en 2028, cet exploit technique, piloté par RTE côté français et son homologue irlandais EirGrid.

« On a déjà posé 98 km de câbles côté breton, et les Irlandais en sont pour le moment à 84 km », précise Rémi Courtial, à la tête du projet pour RTE. « Le challenge principal pour la suite sera la continuité de la pose en mer, notamment selon les coefficients de marée et la météo… Mais on devrait pouvoir respecter le calendrier. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une station de conversion à La Martyre

En attendant, une centaine de personnels qualifiés s'affaire également du côté de La Martyre, dans les terres du pays de Landerneau. C'est ici que RTE, en très étroite collaboration avec Siemens Energy et NGE, quatrième groupe français de BTP spécialisé dans les grandes infrastructures, ont installé la station de conversion, qui permettra d'allier tous types d'énergies (même éolienne et solaire) pour les intégrer au réseau RTE, qui parcourt la France entière. « C'est à La Martyre que nous avons le plus d'effectifs mobilisés », glisse Alexandre Pinson, chef de projet chez Siemens Energy. « On a eu 130 personnes au total, entre Cléder, sur la côte, et ici. Aujourd'hui, il en reste une cinquantaine. »

Un investissement colossal soutenu par l'UE

Dans ce genre d'opérations, le Celtic Interconnector est l'une des plus ambitieuses et onéreuses de France, voire d'Europe : ce projet aux quelque 400 000 heures de travail a un coût global de 1,6 milliard d'euros, dont 560 millions d'euros sont financés par l'Union européenne. Il permettra donc, à l'horizon 2028, une première interconnexion de 700 MW (700 millions de watts), soit la consommation de 450 000 foyers, l'équivalent du département du Finistère.

« C'est la première fois que l'on connecte au continent un pays européen isolé, en l'occurrence l'Irlande, qui est un État insulaire », notent Rémi Courtial et son collègue Alexandre Desettre, responsable de projet RTE sur site, dans le Finistère, qui fait le lien avec les publics locaux. « Au-delà du défi technologique, c'est un beau symbole de solidarité. » D'autant que l'objectif serait aussi, à terme, « le développement de l'énergie éolienne en Irlande, et de meilleurs échanges décarbonés entre les deux pays », à un coût plus abordable.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale