Il y a des projets qui redessinent la carte énergétique d'un continent. BarMar en fait partie. Cette canalisation sous-marine de transport d'hydrogène renouvelable, reliant Barcelone à Fos-sur-Mer sur près de 400 kilomètres sous la Méditerranée, est bien plus qu'un exploit technique : elle apporte une réponse concrète à deux défis majeurs de notre époque : décarboner l'industrie et garantir la souveraineté énergétique de l'Europe. Le projet s'inscrit dans le corridor H2med, un réseau européen interconnectant le Portugal, l'Espagne, la France et l'Allemagne. Reconnu Projet d'Intérêt Commun par l'Union européenne et cofinancé à ce titre, BarMar bénéficie depuis 2022 d'un soutien au plus haut niveau des États. Depuis, des études techniques et environnementales approfondies sont menées pour valider sa faisabilité.
Une infrastructure pensée pour minimiser son impact environnemental
Concrètement, une station de compression située à Barcelone propulsera l'hydrogène à 100 bars dans un tube d'acier d'environ un mètre de diamètre, posé entre 50 et 120 mètres de profondeur. À l'arrivée, à Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône, une station de réception mesurera et injectera le flux dans le réseau de transport français. La capacité atteindra jusqu'à 2 millions de tonnes d'hydrogène renouvelable par an. Sur la majeure partie du parcours au large des côtes françaises, la canalisation sera « ensouillée », c'est-à-dire enfouie sous un mètre de sédiments meubles, afin de préserver les fonds marins et de permettre la cohabitation avec la pêche. Les zones sensibles, comme les herbiers de posidonie, les canyons sous-marins et les parcs éoliens flottants, ont été soigneusement évitées. Le chantier en mer progressera à environ 2 kilomètres par jour depuis un navire de pose spécialisé.
Un bilan carbone sans équivoque
Pourquoi l'hydrogène vert ? Parce que les secteurs industriels dits « difficiles » (raffinage, sidérurgie, chimie) ne peuvent pas être simplement électrifiés. Or, aujourd'hui, 95 % de l'hydrogène européen est d'origine fossile. L'hydrogène renouvelable, produit par électrolyse à partir d'énergies décarbonées, permet de diviser par 15 à 20 les émissions de ces filières. Sur 40 ans d'exploitation, BarMar permettrait d'économiser jusqu'à 2 milliards de tonnes équivalent CO2. Un chiffre vertigineux.
La concertation, c'est maintenant
Du 6 mai au 12 juillet 2026, la concertation préalable du public se déroule sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), autorité indépendante garante du droit de chacun à s'informer et à s'exprimer. Tout commence le 6 mai à Gruissan : une réunion publique d'ouverture à 18 heures au Palais des Congrès lancera officiellement les échanges, retransmise en direct sur Zoom. Le lendemain, 7 mai, deux tables rondes permettront d'approfondir les enjeux géopolitiques et techniques. Pour les lecteurs de Midi Libre, un rendez-vous à ne pas manquer : le 3 juin à Saint-Jean-de-Védas, un débat « Face aux lecteurs » permettra d'interroger directement les représentants du projet, rue du Mas de Grille.
Chiffres clés
- ~400 km : longueur de la canalisation sous-marine
- ~1 m : diamètre du tube d'acier
- 120 m : profondeur maximale
- ~100 bars : pression de transport
- 2 Mt/an : capacité de transport d'hydrogène
- ~2,1 Md € : budget estimé du projet
Interview croisée
Pourquoi ce projet est-il structurant pour l'Europe ?
Manuel Bonnier, Directeur des Opérations BarMar : L'Europe importe aujourd'hui une grande partie de son énergie, souvent depuis des zones géopolitiquement instables. La péninsule ibérique dispose d'un potentiel solaire et éolien considérable pour produire de l'hydrogène renouvelable à grande échelle. BarMar, c'est le maillon manquant pour acheminer cette énergie propre vers les grands bassins industriels d'Europe centrale. C'est aussi un signal fort : la transition énergétique, ce n'est pas l'effacement de l'industrie, c'est sa transformation.
Qu'est-ce qui garantit la sécurité d'une telle infrastructure ?
Manuel Bonnier : BarMar sera soumis aux réglementations les plus strictes, avec une surveillance continue et des systèmes de détection de fuite. L'ensouillage de la canalisation à 1 mètre de profondeur assure une excellente protection mécanique. Un webinaire dédié à la sécurité est prévu le 22 juin pour répondre à toutes les questions du public.
Comment les pêcheurs et les acteurs maritimes sont-ils associés ?
Manuel Bonnier : C'est un point cardinal du projet. L'objectif est de maintenir 100 % des activités de pêche pendant l'exploitation. Une conférence-débat est spécialement consacrée à ce sujet le 2 juin à Sète.
Les incontournables
Qui porte BarMar ? La société BarMar SAS, créée en juillet 2025, est détenue par trois gestionnaires de réseaux gaziers : Enagás (Espagne, 50 %), NaTran (France, 33,3 %) et Teréga (France, 16,7 %). Le projet est cofinancé par l'Union européenne dans le cadre du plan REPowerEU.
Et après la concertation ? Le calendrier prévoit les demandes de permis entre 2027 et 2028, un appel à manifestation d'intérêt auprès des futurs utilisateurs en 2029, une décision finale d'investissement la même année, et le début de la construction en 2030 pour une mise en service en 2032.
Les temps forts de la concertation
- 06/05 à GRUISSAN : 18h, Réunion publique d'ouverture, Palais des Congrès, 13 avenue de Narbonne. En direct sur Zoom.
- 07/05 à GRUISSAN : Tables rondes thématiques. 14h30 : Géopolitique, décarbonation, réindustrialisation. 16h30 : Technique : sommes-nous prêts pour une canalisation offshore d'hydrogène ? Maison de la Méditerranée, place Raymond Gleizes. Inscription obligatoire.
- 20/05 à ARGELÈS-SUR-MER : 18h, dialogue individuel avec l'équipe BarMar. 19h, conférence-débat « Quelle prise en compte de la biodiversité marine dans les projets énergétiques ? » Maison de la Mer, 1 quai Vasco de Gama. En direct sur Zoom.
- 21/05 à PORT-VENDRES : 8h45-11h, visite en bateau. Embarquement quai Jean Moulin. Inscription obligatoire.
- 27/05 à NARBONNE : 18h, dialogue individuel. 19h, conférence-débat « Importation ou exportation : où en est l'écosystème hydrogène en Occitanie ? » CCI de l'Aude, 1 avenue du Forum ZI Croix Sud. En direct sur Zoom.
- 29/05 à PORT-LANOUVELLE : 9h30-12h, visite de l'usine Hyd'Occ. Avenue Adolphe Turrel. Inscription obligatoire.
- 02/06 à SÈTE : 18h, dialogue individuel. 19h, conférence-débat « Comment concilier la pêche et les infrastructures énergétiques ? » Maison Régionale de la Mer, 2 quai Philippe Régy. En direct sur Zoom.
- 03/06 à SAINT-JEAN-DE-VÉDAS : 18h, débat « Face aux lecteurs » organisé par Midi Libre. Rue du Mas de Grille. Inscription obligatoire.
- 08/06 à PORT-SAINT-LOUIS-DU-RHÔNE : 18h, dialogue individuel. 19h, conférence-débat « H2med : qu'est-ce que ça change pour la ZIP de Fos-Berre ? » Salle Marcel Pagnol, 1 avenue du Port. En direct sur Zoom.
- 09/06 à PORT-DE-BOUC : 8h45-11h, visite en bateau. Embarquement Pont Van Gogh. Inscription obligatoire.
- 09/06 à FOS-SUR-MER : 15h-17h, visite du site de la station d'atterrage. Rendez-vous au Centre vie de la Fossette (RD268). Inscription obligatoire.
- 17/06 à CANET-EN-ROUSSILLON : Réunion publique intermédiaire. Les Voiles Rouges (salle Pourpre), 196 avenue de Perpignan. En direct sur Zoom.
- 22/06 : Webinaire en ligne sur la sécurité. 18h, inscription obligatoire.
- 23/06 : Webinaire en ligne d'échanges et d'approfondissement. 18h, inscription obligatoire.
- 06/07 à FOS-SUR-MER : 18h, Réunion publique de clôture. Maison de la Mer et du Sport, avenue du Sable d'Or. En direct sur Zoom.
Comment participer ? Dossier complet, avis en ligne et agenda complet sur h2medproject.com/fr/barmar/. Garants CNDP : corinne.larrue@garant-cndp.fr / mathias.bourrissoux@garant-cndp.fr.



