Alger défie Paris : le gaz algérien au cœur d'une nouvelle crise
Alger défie Paris : le gaz algérien au cœur d'une crise

L'Algérie a annoncé, dimanche 6 juillet 2025, la suspension immédiate de ses exportations de gaz naturel vers la France. Cette décision, révélée par le ministère algérien de l'Énergie, marque une escalade sans précédent dans le conflit diplomatique qui oppose Alger à Paris depuis plusieurs semaines. Selon des sources officielles algériennes, la mesure vise à répondre aux « provocations répétées » de la France dans le dossier du Sahara occidental et à son soutien affiché au Maroc.

Une rupture énergétique majeure

La suspension concerne l'ensemble des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) et de gaz par gazoduc, soit environ 8 % des importations françaises de gaz. En 2024, la France a importé près de 60 térawattheures (TWh) de gaz algérien, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie. Cette décision intervient alors que l'Europe cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement pour réduire sa dépendance au gaz russe.

Le gouvernement français, par la voix du ministère des Affaires étrangères, a qualifié cette décision de « regrettable et infondée ». Paris rappelle que les contrats gaziers sont des engagements commerciaux de long terme et que leur rupture unilatérale pourrait avoir des conséquences juridiques. « Nous prenons acte de cette décision, mais nous nous réservons le droit d'examiner les recours appropriés », a déclaré un porte-parole du Quai d'Orsay.

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Les causes profondes de la crise

Cette crise énergétique s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays. Le contentieux principal reste la position française sur le Sahara occidental, territoire que le Maroc considère comme sien, mais où l'Algérie soutient le Front Polisario. La France a récemment renforcé son soutien au plan d'autonomie marocain, ce qui a été perçu à Alger comme une « trahison ». En juin dernier, le président Emmanuel Macron a reçu le chef de la diplomatie marocaine à Paris, geste interprété comme un alignement clair sur Rabat.

Par ailleurs, les relations bilatérales ont été ébranlées par des accusations algériennes d'ingérence française dans ses affaires intérieures. Alger a dénoncé à plusieurs reprises des « campagnes médiatiques hostiles » et des « manœuvres déstabilisatrices » venues de Paris. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a évoqué « une ligne rouge franchie » dans un discours télévisé dimanche soir.

Quel impact pour la France et l'Europe ?

La suspension du gaz algérien aura des répercussions immédiates sur le marché européen de l'énergie. Les prix du gaz ont déjà augmenté de 4 % lundi matin sur le marché néerlandais TTF, selon les analystes. La France, qui dispose de stocks stratégiques représentant environ 30 % de sa consommation annuelle, pourrait faire face à des tensions d'approvisionnement cet hiver si la crise persiste. Cependant, Paris assure avoir anticipé ce scénario : « Nous avons diversifié nos sources d'approvisionnement, notamment avec les États-Unis, le Qatar et la Norvège », a affirmé le ministre de la Transition énergétique.

L'Union européenne, qui suit de près la situation, a appelé à la désescalade. Une porte-parole de la Commission européenne a déclaré : « L'énergie ne doit pas être utilisée comme une arme politique. Nous examinons les implications pour la sécurité d'approvisionnement de l'UE. » La Commission envisage de convoquer une réunion d'urgence du groupe de coordination gazière.

Une décision lourde de conséquences pour l'Algérie

Si la France est directement concernée, l'Algérie risque également de subir des pertes économiques significatives. Le gaz représente environ 30 % des recettes d'exportation du pays. Les revenus gaziers vers la France sont estimés à 2,5 milliards d'euros par an, selon les douanes françaises. En suspendant ces livraisons, Alger se prive d'une source de devises essentielle, dans un contexte où l'économie algérienne est déjà fragilisée par la chute des prix du pétrole.

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De plus, cette décision pourrait compromettre les relations d'Alger avec d'autres partenaires européens, notamment l'Italie et l'Espagne, qui dépendent fortement du gaz algérien. L'Italie, premier client de Sonatrach, a déjà exprimé son inquiétude. « Nous suivons la situation avec attention et espérons que ce différend sera résolu rapidement », a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères.

Les réactions sur la scène internationale

Le Maroc, de son côté, a salué la « souveraineté » de l'Algérie dans le choix de ses partenaires commerciaux, tout en réaffirmant son attachement à la coopération régionale. Rabat a également rappelé son engagement à garantir la sécurité énergétique de l'Europe, via le gazoduc Maghreb-Europe, qui transite par le Maroc (bien qu'il soit actuellement inutilisé pour le gaz algérien).

La Russie, quant à elle, pourrait tirer profit de cette crise. Moscou, qui a renforcé ses liens avec Alger dans le domaine énergétique, pourrait proposer des contrats gaziers alternatifs, accentuant ainsi l'influence russe en Méditerranée. Des experts estiment que cette situation pourrait redessiner les alliances énergétiques dans la région.

Vers une normalisation ou une escalade ?

Pour l'instant, aucune date de reprise des négociations n'a été annoncée. Les deux capitales semblent campées sur leurs positions. Cependant, des médiateurs, notamment l'Espagne et l'Italie, pourraient tenter de rapprocher les points de vue. La France, qui a besoin du gaz algérien pour sécuriser son approvisionnement, pourrait être contrainte de revoir sa position sur le Sahara occidental. Mais Paris a indiqué qu'il ne céderait pas au chantage.

En attendant, les ménages français pourraient ressentir les effets de cette crise sur leur facture énergétique, même si le gouvernement a promis de protéger les consommateurs. La question reste ouverte : cette rupture est-elle un simple bras de fer ou le signe d'une dégradation durable des relations franco-algériennes ?