Télétravail : l'arme anti-inflation face à la flambée des prix du carburant
Télétravail, arme anti-inflation face au carburant cher

Le télétravail, bouclier financier contre la flambée des prix à la pompe

Avec un litre de gazole qui franchit allègrement la barre symbolique des 2,30 euros et des prix de l'essence qui suivent une courbe ascendante inquiétante, de nombreux salariés français ont le sentiment amer de travailler principalement pour financer leurs déplacements professionnels. « Je bosse pour la gloire », ironise avec amertume une internaute contrainte de parcourir quotidiennement trente kilomètres entre son domicile et son lieu de travail. Remède miracle déjà éprouvé durant la pandémie de Covid-19 puis lors des pénuries de carburant de 2022, le télétravail effectue un retour en force spectaculaire sur le devant de la scène sociale, directement provoqué par l'explosion récente des tarifs affichés sur les pompes à essence.

Cette modalité d'organisation du travail se transforme ainsi en une véritable arme anti-inflation pour tous les employés qui ont la possibilité matérielle et professionnelle de s'y plier. Basé à Sète dans l'Hérault, Romain Beke, dirigeant d'une société de conseil en environnement, a pris une décision concrète en augmentant le nombre de jours de télétravail autorisés à deux par semaine, contre une seule journée auparavant. « C'est un sujet d'inquiétude majeur pour les salariés. J'ai donc fait passer une note interne pour proposer systématiquement deux jours par semaine à ceux qui le souhaitent. L'effet est double : financier bien sûr, mais aussi moral. Cela démontre clairement que l'employeur est engagé et solidaire face aux difficultés de son personnel », explique-t-il avec conviction.

Une solution simple mais inégalement répartie

Le fondateur de Muhalink avoue pourtant, sans ambages, ne pas être un adepte fervent du télétravail en temps normal. Cependant, confronté aux records historiques des prix des carburants, il a préféré agir pragmatiquement pour le bien-être de ses équipes. « Pour l'entreprise, cette mesure n'engendre pratiquement aucun coût financier supplémentaire. Nous ne créons pas de nouvelles habitudes structurelles, nous répondons simplement à une problématique conjoncturelle aiguë, en attendant que la situation mondiale s'améliore. C'est une question de bon sens élémentaire », témoigne Romain Beke.

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Malgré sa simplicité de mise en œuvre et son faible impact budgétaire, cette solution salvatrice est loin d'être généralisée sur le territoire national. En France, moins de la moitié des salariés, précisément moins de 50%, ont effectivement la possibilité de télétravailler, ne serait-ce qu'occasionnellement. Les soignants, les commerçants, les enseignants, les conducteurs de véhicules, les artisans et une multitude d'autres professions en sont structurellement privés, créant ainsi une fracture sociale palpable. Selon les dernières données publiées par l'Insee, en 2024, un quart des Français déclarait pratiquer le télétravail de manière régulière. Avec la persistance des prix élevés de l'essence, tous les observateurs parient sur une augmentation significative de cette tendance, particulièrement pour les personnes résidant loin de leur lieu de travail.

Un critère décisif dans le recrutement

« Lorsque nous menons des entretiens de recrutement, la possibilité de télétravailler figure systématiquement parmi les toutes premières questions posées par les candidats. Dans certains secteurs en tension extrême comme l'informatique ou la comptabilité, l'absence de cette possibilité devient même un facteur rédhibitoire », constate Norjahann Bessaoud, directrice de recrutement au cabinet Happy to meet you. Elle conseille vivement aux managers et aux dirigeants d'entreprise d'agir résolument en faveur de leurs salariés, surtout dans ce contexte inflationniste délétère. « Si l'entreprise ne propose aucune mesure d'accompagnement, elle prend le risque réel de voir ses talents partir vers des concurrents plus accommodants. Quand le budget carburant engloutit 10% à 20% du salaire net, la fidélisation des employés devient un défi quasi insurmontable », poursuit-elle avec inquiétude.

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La flambée des prix des carburants, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, ne cesse de s'amplifier en France et à travers le monde, mettant à rude épreuve le pouvoir d'achat des ménages. Aux quatre coins de l'Hexagone, les représentants du personnel commencent à exprimer leur colère grandissante face à cette hémorragie financière qui plombe les fins de mois. Au CHU d'Angers, le syndicat Force ouvrière a ainsi officiellement réclamé « d'assouplir significativement les règles de recours au télétravail pour tous ceux qui le peuvent et qui le souhaitent ». Le syndicat espère également obtenir l'attribution d'une aide financière directe pour les salariés « qui n'ont matériellement pas d'autre choix que d'utiliser quotidiennement leur véhicule personnel ». À La Réunion, le syndicat FSU a adressé une demande identique aux autorités régionales, tandis que des employés du groupe SoLocal (anciennement Pages Jaunes) ont formulé la même requête.

Comment compenser les inégalités ?

Mais une question cruciale demeure : que proposer aux salariés qui ne peuvent absolument pas bénéficier du télétravail en raison de la nature même de leur métier ? « Je reconnais volontiers qu'il existe des inégalités profondes entre les professions. C'est aux dirigeants de faire preuve d'ingéniosité pour les atténuer. Dans le milieu hospitalier, par exemple, on peut parfois envisager des journées de douze heures pour réduire le nombre d'allers-retours hebdomadaires. L'entreprise peut aussi soutenir ses salariés en mettant à disposition un véhicule de prêt ou en favorisant le covoiturage », estime Romain Beke. Norjahann Bessaoud milite, quant à elle, pour des systèmes de compensation équitables. « Si l'on permet le télétravail aux cadres, on se doit d'accompagner parallèlement les ouvriers et les employés, surtout dans les secteurs où le turnover est élevé. Cette compensation peut prendre la forme d'une prime spécifique, de jours de RTT supplémentaires ou d'autres avantages négociés ».

Dans plusieurs pays où l'énergie commence sérieusement à manquer, les gouvernements ont déjà pris des mesures radicales. En Indonésie, l'exécutif a imposé un jour obligatoire de télétravail par semaine à tous les fonctionnaires afin de préserver les stocks nationaux de pétrole. Le Vietnam a choisi d'encourager fortement cette pratique, tandis que le Sri Lanka a carrément instauré la semaine de quatre jours pour l'ensemble de la fonction publique. Disposant de réserves stratégiques encore jugées solides, la France, pour l'instant, ne s'est pas officiellement prononcée en faveur de mesures aussi contraignantes, laissant les entreprises et les partenaires sociaux gérer cette crise au cas par cas.