Le Rassemblement National, premier parti des salariés du secteur privé en France
Une étude menée par des économistes d'HEC démontre que le Rassemblement National constitue désormais le premier parti politique parmi les salariés du secteur privé en France. Cette recherche, menée en collaboration avec l'Institut Bilendi en 2024 et 2025 suite aux élections européennes et législatives, s'appuie sur un échantillon représentatif de 3.909 travailleurs du secteur privé.
L'isolement relationnel, facteur déterminant du vote RN
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas principalement le niveau de salaire ou la catégorie socio-professionnelle qui distingue les salariés votant pour le parti d'extrême droite. L'isolement relationnel au travail apparaît comme le facteur clé expliquant cette orientation politique. « L'isolement relationnel de centaines de milliers de salariés n'est pas seulement un problème de bien-être au travail ou de performance. C'est un fait politique », soulignent les économistes Yann Halgan, Antonin Bergeaud et Camille Frouard dans leur étude.
Cinq France qui coexistent dans l'espace professionnel
Les chercheurs identifient cinq groupes distincts parmi les salariés français :
- Un centre épanoui dans son travail et satisfait de son sort
- Une gauche modérée qui cherche avant tout à « faire collectif »
- Une gauche radicale avec des idéaux exigeants, méfiante envers la direction mais confiante envers ses collègues
- Une droite radicale « isolée au cœur même de l'équipe, qui ne fait confiance ni à ses collègues ni à la direction, mais qui reste fière de son travail »
- Un tiers de salariés sans aucune affiliation partisane
Parmi ces groupes, la droite radicale, et principalement le RN, apparaît comme le premier parti avec 22,6% des salariés.
Implantation différenciée mais présence généralisée
L'étude confirme que le RN reste plus fortement implanté chez les ouvriers (35%) et les employés (25%) que chez les cadres. Cependant, il devance également les autres partis dans cette dernière catégorie, avec 14% de cadres sympathisants du RN (17% pour la droite radicale dans son ensemble), contre seulement 13% respectivement pour Renaissance et Les Républicains.
Deux profils distincts parmi les sympathisants RN
Les chercheurs distinguent deux catégories parmi les salariés votant RN :
- Les « RN heureux » (60%), bien intégrés professionnellement avec une posture pro-entreprise
- Les « RN malheureux » (40%), critiques envers l'entreprise et méfiants vis-à-vis de la hiérarchie
Cette fracture ne repose pas sur des différences sociologiques mais sur la qualité de l'environnement relationnel au travail. « L'individu qui est bien entouré au travail, même mal payé, tend vers l'ouverture. Celui qui est seul dans son équipe, même satisfait de son sort, tend vers la fermeture », expliquent les économistes.
Une fracture qui dépasse les clivages traditionnels
Cette recherche suggère que la fracture identitaire qui traverse la société française ne se réduit pas à un simple clivage de classe. L'étude met en lumière comment les dynamiques relationnelles au sein des entreprises influencent profondément les orientations politiques des salariés, créant des divisions qui transcendent les catégories socio-professionnelles traditionnelles.



