Dominique Méda : jeunes actifs et entreprises, un rapport de force
Dominique Méda : jeunes actifs et entreprises, rapport de force

Dans un entretien publié le 25 août 2026, la sociologue Dominique Méda, professeure à l'université Paris-Dauphine, analyse les relations entre les jeunes actifs et les entreprises. Selon elle, les jeunes se comportent envers les entreprises comme celles-ci se comportent à leur égard : avec la même logique de rapport de force et la même exigence de loyauté conditionnelle.

Un rapport de force inversé sur le marché du travail

Dominique Méda observe que les jeunes actifs, bénéficiant d'un marché du travail plus favorable, adoptent des stratégies de sélection et de mise à l'épreuve des employeurs. « Les jeunes actifs se comportent envers les entreprises comme celles-ci se comportent à leur égard », explique-t-elle. Cette attitude se traduit par une plus grande mobilité, des démissions plus fréquentes et une exigence accrue de cohérence entre les valeurs affichées et les pratiques réelles des entreprises.

La sociologue souligne que cette inversion des rapports de force est rendue possible par la conjoncture économique : les entreprises peinent à recruter sur certains métiers, ce qui renforce le pouvoir de négociation des candidats. Les jeunes n'hésitent plus à quitter un poste qui ne correspond pas à leurs attentes, notamment en matière de sens du travail et d'engagement environnemental.

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Le sens du travail et l'urgence climatique au cœur des attentes

Pour Dominique Méda, les jeunes actifs placent le sens du travail au premier plan de leurs préoccupations. Ils refusent les tâches perçues comme inutiles ou sans impact positif sur la société. « La question du sens est devenue centrale, et elle est indissociable de l'urgence climatique », précise-t-elle. Les entreprises qui ne prennent pas au sérieux ces attentes s'exposent à une désaffection rapide de leurs jeunes salariés.

La sociologue note également que les jeunes attendent des entreprises une cohérence entre leurs discours et leurs actes, notamment en matière de transition écologique. Les pratiques de greenwashing sont de moins en moins tolérées, et les entreprises qui s'y livrent risquent de perdre la confiance de leurs employés les plus jeunes.

Des entreprises qui doivent s'adapter pour fidéliser

Face à cette nouvelle donne, les entreprises doivent repenser leurs politiques de ressources humaines. Dominique Méda insiste sur la nécessité de proposer des perspectives d'évolution claires et des missions porteuses de sens. « Les entreprises qui ne s'adaptent pas à ces attentes risquent de subir un turn-over important et de perdre les talents dont elles ont besoin », avertit-elle.

La sociologue recommande également de renforcer le dialogue social et de donner davantage de place aux salariés dans les décisions stratégiques, notamment celles liées à la transition écologique. Cette évolution est selon elle indispensable pour rétablir une relation de confiance durable entre les jeunes actifs et le monde de l'entreprise.

L'analyse de Dominique Méda met en lumière un changement structurel dans les relations de travail : les jeunes actifs ne se contentent plus d'un simple contrat de travail, ils exigent un véritable alignement entre les valeurs de l'entreprise et leurs propres aspirations. Cette tendance, si elle se confirme, pourrait transformer profondément les pratiques de gestion des ressources humaines dans les années à venir.

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