Une boulangerie en prison pour former les détenus à Mont-de-Marsan
Boulangerie en prison : former les détenus à Mont-de-Marsan

La structure d'insertion par l'activité économique du centre pénitentiaire de Pémégnan, à Mont-de-Marsan, a été inaugurée ce jeudi 30 avril en présence des officiels. Depuis le 1er décembre, huit détenus y travaillent cinq jours sur sept pour produire 950 baguettes par jour, destinées à l'ensemble des quartiers de l'établissement.

Un quotidien de boulanger

Loïc et Medhi, 32 ans, ont guidé la visite de leur espace de travail lors de l'inauguration. Ils ont décrit une journée type débutant à 7 h 30, avec huit opérateurs formés à chaque poste : pétrin, façonnage, cuisson à 250 °C et préparation des commandes. Le pain est distribué dans tous les quartiers, y compris l'unité de vie familiale, l'unité sanitaire et pour les surveillants.

Des compétences valorisées

Christophe, leur formateur de SAS Insertion, explique que les détenus apprennent aussi à réaliser viennoiseries, brioches, pâtisseries et snacking. « Ils sont capables de faire tout tous seuls avec un surveillant avec eux », précise-t-il. Loïc témoigne : « Je suis très content de faire le pain de A à Z, de travailler un produit vivant, auquel il faut s'ajuster en fonction de l'environnement. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

À terme, les détenus pourront obtenir un certificat de qualification professionnelle (CQP) et envisager cette activité à leur sortie. Pendant la formation, ils sont rémunérés à 45 % du smic, soit 5,41 euros de l'heure.

Un enjeu contre la récidive

Laure, conseillère en insertion professionnelle, recrute les volontaires sur lettre de motivation. « On privilégie des profils hors de la boulangerie, et pas des longues peines, trente-six mois maximum. L'idée est de les garder jusqu'à leur sortie. Il y a des règles d'hygiène à intégrer, des horaires à respecter, donc une période d'essai. On apporte les codes du travail extérieur à un public forcément écarté de l'emploi. C'est un enjeu pour lutter contre la récidive. »

Un outil contre la surpopulation carcérale

Vanessa Prempain, directrice interrégionale adjointe des services pénitentiaires de Bordeaux, souligne « le lien dedans-dehors, l'ouverture vers le goût de l'effort ». Elle a participé à la création de cette structure d'insertion par l'activité économique (SIAE). Aurélie Roudier-Pascal, cheffe d'établissement, confirme : « L'activité permet de sortir de la cellule, le travail vous met un pied dehors. Être sans perspective, cela génère aussi de la violence. 20 à 30 % de la population carcérale travaille, ce n'est pas assez. »

Un investissement de 450 000 euros

Jérôme Brunet, responsable régional du développement du travail pénitentiaire, rappelle que l'idée a émergé en 2021. L'investissement pour la construction et les équipements s'élève à 450 000 euros, répartis entre la direction interrégionale des services pénitentiaires (Disp), le prestataire privé Gepsa et SAS Insertion (avec 45 000 euros de la fondation M6). Pémégnan est le deuxième centre pénitentiaire de la région à accueillir une boulangerie, après Uzerche en Corrèze.

« C'est un point de départ pour accompagner, former et partager, conclut Aurélie Roudier-Pascal. Plus qu'un lieu de production, c'est une porte vers l'avenir autour de la symbolique du pain, de la fabrication, du partage, du vivre-ensemble. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale