À 50 ans, l'Executive MBA pour rebondir après un licenciement
À 50 ans, l'Executive MBA pour rebondir

Un bac + 5 en management international, une expérience de vingt-cinq ans dans l'équipement automobile, un poste de directeur de filiale chez Bosch… Emmanuel Viallet était promis à un bel avenir au sein de son entreprise. Mais en juillet 2025, l'arrivée du moteur électrique a contraint le département qu'il dirigeait à fermer. « Je me retrouvais sans emploi à la veille de mes 50 ans. Autant dire, au pire moment… », confie-t-il.

Dans son malheur, le manager a tout de même bénéficié d'un congé de reclassement confortable. À 49 ans, il possédait également un compte personnel de formation (CPF) largement approvisionné car il n'y avait jamais touché, ainsi qu'un peu d'argent mis de côté. Tout cela l'a très vite mis sur la voie de l'Executive MBA (EMBA) de l'Essec. Une des « meilleures décisions » de sa vie, assure-t-il, même s'il fait partie des plus âgés de sa promotion. Trois participants seulement sur quarante-cinq ont, comme lui, dépassé la cinquantaine. Une proportion « presque un peu faible par rapport à la tendance actuelle », précise Claire Szlingier, directrice associée du recrutement des MBA et EMBA à l'Essec.

Une tendance de fond chez les cadres seniors

Car si les EMBA – des programmes réservés aux managers expérimentés – attirent majoritairement des personnes ayant entre 35 et 45 ans, les plus de 50 ans représentent désormais 7 à 12 % des promotions. Une évolution récente, observée par l'ensemble des responsables de programme interrogés. Et c'est « parfaitement logique », observe Claire Szlingier. « Avec l'allongement des études en formation initiale, on commence à travailler plus tard. On a également des enfants plus tard, et on part à la retraite plus tard. Résultat, à 50 ans, on n'est qu'aux deux tiers de son parcours professionnel », dit-elle, persuadée que le phénomène va aller en augmentant.

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Pour Brice Rabourdin, directeur exécutif stratégie et développement à HEC Paris, cette évolution traduit aussi le besoin de se former tout au long de sa vie. Ce phénomène est lié selon lui à l'accélération des mutations : développement de l'intelligence artificielle, transition écologique, arrivée des générations Y et Z… « Pour continuer d'être un leader performant, inspiré et inspirant dans ce contexte, il est non seulement nécessaire de comprendre ces évolutions, mais aussi d'être capable de les intégrer dans ses analyses, sa stratégie et ses décisions », dit-il.

Compléter son expérience par une formation

Et plus la formation initiale remonte à loin, plus cela semble nécessaire. C'est en tout cas le sentiment de Cédric Bouvier, cadre du secteur médical, qui a opté pour l'EMBA de la grande école « afin de compléter ce que [sa] carrière ne [lui] avait pas apporté ». « L'expérience, c'est comme un grand puzzle, il y a des pièces qu'on a acquises avec le temps mais il y a aussi des trous. Ce qu'un EMBA apporte, ce sont les pièces manquantes », argumente-t-il.

Attention tout de même, préviennent ceux qui sont passés par là, un Executive MBA ne se fait pas à la légère. « Ce type de formation est extrêmement exigeant. Il y a des travaux de groupe, des cours en présentiel en anglais, des devoirs à rendre, des visites d'entreprise dans de multiples pays, des week-ends qui y passent », indique Jean-François Belleau, qui vient de terminer le Global EMBA de Ceibs à Shanghai. Et puis, dit-il, à 50 ans, l'école est loin. « On n'a plus les réflexes des gens qui ont quitté l'université il y a cinq à dix ans, on n'a pas les mêmes bases non plus », abonde Emmanuel Viallet.

Pour autant, les deux cadres ne regrettent pas leur choix. « Vous rencontrez des gens du monde entier, des profils avec un très haut niveau d'expertise, que vous n'auriez probablement jamais croisé autrement. Cela permet de s'enrichir intellectuellement, humainement, et ainsi de gagner en confiance face à ses collaborateurs », complète ainsi l'ancien directeur de filiale chez Bosch.

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Le réseau, clé de la rentabilité

Et puis surtout, il y a le réseau. Vanté par les écoles comme les candidats, « le carnet d'adresses acquis au cours de ce genre de formation est sans doute ce qui permet le plus de rentabiliser ce type de programme », observe Cécile Guillois, associée chez Avenir dirigeant, un cabinet dédié à l'accompagnement de cadres exécutifs et entrepreneurs dans leur évolution professionnelle. L'effet, certes, n'est pas forcément immédiat. Mais au bout de six à douze mois, rares sont les détenteurs d'un EMBA dont la carrière n'a pas évolué positivement. « Cela peut se concrétiser par un changement de poste, d'entreprise, de secteur et même la création d'entreprise. Tout devient globalement possible », observe-t-elle.

Choisir entre EMBA généraliste et MBA spécialisé

Reste à savoir s'il vaut mieux opter pour un EMBA généraliste ou un MBA spécialisé, autre format convoité par les managers expérimentés. Pour l'experte, « tout dépend du budget ». Ceux qui ont les moyens ont tout intérêt à se tourner vers un nom prestigieux, connu dans le monde entier : Insead, HEC, LSE, IESE, Essec, en Europe ; Sloan School of Management, Wharton School, Harvard, aux États-Unis ; Ceibs, l'université de Pékin, Nanyang Business School ou HKUST, en Asie.

Ceux qui ont un projet plus précis pourront choisir des MBA plus spécialisés, un peu moins connus, mais qui ont aussi l'avantage d'être moins coûteux et d'être finançables notamment grâce à son CPF, à condition de délivrer un titre RNCP de niveau 7. Le pôle universitaire Léonard-de-Vinci propose ainsi de nombreux MBA d'un an autour de 14 000 euros. Certains, comme le MBA Direction des structures de santé et de solidarité, le MBA Management de la RSE et performance des organisations, ou encore le MBA spécialisé IA s'avèrent particulièrement payants pour les profils seniors. « Car ce sont des secteurs où, plus qu'ailleurs, l'expérience et la connaissance du monde de l'entreprise sont perçues comme un atout », indique Philippe Guérinet, directeur de la formation continue pour le groupe. La plupart des participants sont d'ailleurs sollicités dès les premiers mois de formation par des entreprises. Preuve, dit-il, qu'on peut encore être bankable passé 50 ans.

Les meilleurs MBA du monde selon le « Financial Times »

  1. Sloan School, MIT (États-Unis)
  2. Insead (France)
  3. Wharton School, université de Pennsylvanie (États-Unis)
  4. IESE (Espagne)
  5. London Business School (Royaume-Uni)
  6. HEC Paris (France)
  7. Esade (Espagne)
  8. Ceibs (Chine)
  9. Haas, université de Californie, Berkeley (États-Unis)
  10. Harvard Business School (États-Unis)

Source : « Financial Times », classement 2026 des MBA.