Ils sont des milliers à sillonner les rues des grandes villes françaises, vêtus de blouses aux couleurs des plateformes. Chaque jour, les livreurs à vélo d’Uber Eats et Deliveroo sont confrontés à une réalité de plus en plus difficile. « Quand j’ai commencé il y a six ans, on gagnait de quoi vivre », raconte Karim, 34 ans, qui travaille pour les deux plateformes. Aujourd’hui, il peine à atteindre 800 euros par mois après avoir déduit ses frais.
Une course contre la montre
Pour comprendre leur quotidien, nous avons suivi plusieurs livreurs pendant vingt-quatre heures. Dès 6 heures du matin, les premiers cyclistes prennent d’assaut les restaurants partenaires. « Il faut être rapide, sinon on perd des commandes », explique Sofiane, 28 ans. Chaque course est chronométrée, et les algorithmes sanctionnent les retards. « Si tu as trop de retards, tu reçois moins de commandes », ajoute-t-il.
Des revenus en chute libre
La rémunération a considérablement baissé selon les livreurs. « Avant, on touchait 6 euros par course, maintenant c’est 3 euros », déplore Amadou, 25 ans. Les pourboires sont devenus essentiels pour compléter leurs revenus. « On compte sur la générosité des clients, mais c’est aléatoire », confie-t-il. En moyenne, les livreurs interrogés gagnent entre 400 et 900 euros par mois pour des journées de 10 à 12 heures.
Des conditions précaires
La plupart des livreurs sont des travailleurs indépendants, sans protection sociale digne de ce nom. « Pas de congés payés, pas de mutuelle, rien », s’insurge Karim. Les accidents sont fréquents, et une blessure peut signifier la perte de revenus pendant des semaines. « L’année dernière, je me suis cassé le poignet. J’ai dû arrêter trois mois, sans aucune aide », se souvient-il.
La pression des algorithmes
Les plateformes fixent les prix et les conditions de travail via des algorithmes opaques. « On ne sait jamais combien on va gagner exactement », explique Sofiane. Les livreurs doivent souvent accepter des courses peu rentables pour maintenir leur note. « Si tu refuses trop de commandes, tu es puni », ajoute-t-il. Cette pression constante pousse certains à prendre des risques, comme brûler des feux rouges ou rouler sur les trottoirs.
La solidarité entre livreurs
Face à ces difficultés, une solidarité s’organise. Des groupes WhatsApp permettent de partager des astuces et de s’entraider. « On se prévient des zones où il y a beaucoup de commandes », raconte Amadou. Parfois, ils manifestent ensemble pour réclamer de meilleures conditions. « On veut être reconnus comme des travailleurs à part entière », revendique Karim.
En fin de journée, les livreurs se retrouvent souvent dans un café du quartier. « C’est notre seul moment de répit », sourit Sofiane. Mais demain, il faudra remonter sur le vélo. « On continue parce qu’on n’a pas le choix », conclut-il.



