Depuis le printemps dernier, les habitantes et habitants de Monaco peuvent trouver gratuitement des tampons et serviettes périodiques dans plusieurs équipements municipaux, grâce à l'initiative Monarègles portée par l'association SheCanHeCan. Sept sites, dont l'espace Léo-Ferré, la patinoire, la piscine et la médiathèque, sont désormais équipés de distributeurs. Ce déploiement marque une nouvelle étape pour ce programme lancé en 2019, qui vise à normaliser l'accès aux protections menstruelles et à faire évoluer les mentalités.
Un accès gratuit pour répondre à un besoin essentiel
L'idée de Monarègles est simple : permettre aux personnes qui en ont besoin de se servir librement, sans avoir à les réclamer. Vibeke Brask Thomsen, fondatrice et directrice de SheCanHeCan, résume la démarche : « Les femmes ne font pas le choix d'avoir leurs règles, c'est un besoin essentiel. Le savon et le papier toilette sont proposés gratuitement dans les espaces publics, pourquoi ce ne serait pas le cas pour les protections périodiques ? »
L'association, créée à Monaco en 2011, agit plus largement pour l'égalité entre les femmes et les hommes et contre les stéréotypes de genre. Monarègles s'inspire du Red Box Project, lancé au Royaume-Uni pour améliorer l'accès aux protections périodiques. Après avoir débuté en 2019, l'initiative a été rebaptisée Monarègles en 2022 et a progressivement élargi son champ d'action.
Des écoles aux entreprises, un déploiement progressif
Le programme a d'abord investi les établissements scolaires. Selon SheCanHeCan, plusieurs écoles de la Principauté proposent aujourd'hui des protections gratuites à leurs élèves, parmi lesquelles l'ISM, FANB, le collège Charles-III et le lycée Albert-Ier. Des ateliers de sensibilisation sont également organisés auprès des élèves, notamment dans les classes de 5e, où les règles, la puberté et les tabous sont abordés avec les jeunes, garçons compris.
« Il y a bien sûr la question de la précarité menstruelle, mais aussi celle de l'inégalité menstruelle, explique Vibeke Brask Thomsen. Pour une jeune fille ou une femme, il faut constamment penser à avoir ce qu'il faut sur soi. L'objectif est aussi de soulager cette charge mentale et de la rendre visible. » Le projet s'est aussi étendu au monde professionnel, avec des partenaires comme le Centre hospitalier Princesse-Grace ou l'hôtel Columbus, où les protections sont mises à disposition des salariés ou des patients.
Une consommation qui se stabilise, un combat culturel
L'opération dans les lieux publics est encore récente, et il faudra plusieurs mois pour mesurer précisément son utilisation. Mais pour la fondatrice, les craintes autour d'une consommation excessive ne doivent pas freiner le déploiement. « Au début, les personnes peuvent avoir tendance à en prendre davantage parce qu'elles découvrent que c'est disponible. Puis, lorsqu'elles savent que les protections sont toujours là, la consommation se stabilise », explique-t-elle. Et d'ajouter : « S'il n'y a plus de protections, c'est surtout qu'il y en avait un besoin. Même si une femme en prend pour sa fille ou sa sœur, cela signifie que nous répondons à un besoin concret. »
Monarègles entend poursuivre son implantation et aimerait voir davantage d'institutions et d'entreprises rejoindre le programme. « C'est un changement sociétal qui prend du temps. Mais plus ces protections seront visibles, plus elles deviendront normales », estime Vibeke Brask Thomsen. Cette normalisation se prolonge à travers d'autres actions : SheCanHeCan organisera le 9 octobre, au Conseil national, une nouvelle Journée internationale de la fille, ainsi qu'un événement en novembre sur la lutte contre les violences faites aux femmes.



