Alors que le mois des fiertés bat son plein et que les célébrations culmineront à Nice le 11 juillet, l'Est du département des Alpes-Maritimes reste à l'écart de cette effervescence. À Menton, aucune structure n'a encore vu le jour pour la communauté LGBT, laissant ses membres dans une solitude silencieuse. Reportage.
Un constat amer : « Ici c’est mort, c’est vide »
Luis* est arrivé à Menton il y a sept ans, fuyant une Espagne où « il était impossible de parler de son homosexualité ». Après un passage à Barcelone, il a traversé les Pyrénées pour vivre librement. Aujourd'hui âgé de 44 ans, il confie : « Chaque jour, je me sens seul. » Le Mentonnais ne cache pas sa lassitude : « Pour nous, la communauté LGBT, il n'y a rien à Menton. C'est vide, c'est mort. »
Aucun lieu de rencontre, un isolement forcé
Dans cette ville, aucun centre LGBT, aucune association dédiée, aucun bar ou café identifié comme lieu de rencontre pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres. Le seul moyen de créer du lien est un groupe Facebook quasi inactif, rassemblant moins de 50 membres du Mentonnais. Pour trouver un espace communautaire, il faut se rendre à Nice, où se trouvent le premier centre LGBT du département, la plupart des associations et des établissements fréquentés par la communauté. « Mais je ne vais pas faire quarante minutes de train à chaque fois que je veux manger un bout sans attirer les regards ! », s'exclame Luis. « Si j'habite à Menton, c'est que j'ai choisi le calme et ce mode de vie loin d'une grande ville. » Il redoute ses passages à Nice : « Comme beaucoup de gens, je ne m'y sens pas forcément en sécurité. » Résultat : les occasions de rencontrer d'autres personnes LGBT se raréfient.
Les applications de rencontre, une solution insatisfaisante
Faute de lieux physiques, les applications de rencontre deviennent souvent le seul moyen de créer du lien. Une solution qui laisse Luis insatisfait. « Les gens ne cherchent que du sexe, c'est impossible de créer une vraie relation », estime-t-il. « Dans 99 % des cas, ce sont des personnes qui n'assument pas leur homosexualité. Ils veulent garder les relations secrètes, ne pas se montrer… » Ce dont il rêve est pourtant simple : « J'ai besoin d'un lieu de vie, d'un endroit chaleureux et accueillant. » Il a même envisagé de créer lui-même un établissement dédié.
Sara, 36 ans, habitante de Roquebrune-Cap-Martin et bisexuelle, partage ce sentiment. « On ne demande pas forcément un grand centre. Juste un lieu où discuter, échanger, créer du lien. » Elle décrit une forme d'invisibilisation : « Quand on est bi, on a parfois l'impression de ne rentrer dans aucune case. Ici, il n'y a aucun endroit où rencontrer d'autres personnes qui partagent cette réalité. On finit par garder ça pour soi ou par se tourner vers Internet. »
Un contexte local peu favorable
Erwann Le Hô, président du Centre LGBT Côte d'Azur, confirme la situation mentonnaise. « À Menton, on ne voit presque aucune initiative. Nous menons parfois des actions ponctuelles avec Sciences Po, mais cela reste très limité. » Il évoque un contexte local peu favorable : « La population est relativement vieillissante et plutôt conservatrice, comme peuvent le montrer les dernières élections municipales. Il n'y a pas moins de personnes LGBT, mais elles vivent souvent plus discrètement ou se déplacent vers le bassin niçois pour travailler et faire leurs études. »
Pour autant, il ne considère pas la situation comme figée. « Pour créer une association, un café ou un lieu de rencontre, il ne faut parfois que deux ou trois personnes. Le plus difficile, c'est le premier pas. » Car derrière l'absence de structures, c'est surtout la question du lien social qui se pose. « Toutes les personnes LGBT sont de manière générale plus exposées à l'isolement, rappelle Erwann Le Hô. Car il n'y a pas qu'un seul coming out dans une vie. C'est quelque chose qui se rejoue en permanence. Alors avoir un lieu d'accompagnement, ou une safe place, ça permet de lutter contre cet isolement. »
*Le prénom a été anonymisé.



