Les trombes d'eau qui s'abattent sur le centre-ville de Marseille ce lundi 20 mars sont à l'image du moral des commerçants de la cité phocéenne. Les rues sont vides, et de nombreuses boutiques restent fermées, leurs vitrines recouvertes de plaques de bois. Le week-end a été marqué par des scènes de vandalisme et de pillage en marge de la manifestation contre la vie chère.
Un bilan lourd : 500 commerces touchés, 317 sinistrés
Selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, jusqu'à 30.000 pillards auraient été impliqués dans ces exactions. Un chiffre qualifié de « farfelus » par le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG). Le parquet de Marseille fait état de 101 interpellations, dont 27 mineurs, entre samedi et dimanche. 80 % d'entre elles concernaient des vols avec dégradations en réunion.
Au niveau national, le gouvernement évoque « au moins 3.000 commerces » touchés par des dégradations et des pillages. À Marseille, la Chambre de commerce et d'industrie métropolitaine d'Aix-Marseille-Provence (CCIAMP) a déjà recensé 500 commerces impactés et 317 totalement sinistrés. Un guichet unique, « Urgences Commerces », a été mis en place pour accompagner les professionnels.
Des commerçants sous le choc et inquiets pour la suite
Dans la rue commerçante piétonne de Saint-Ferréol, à deux pas du Vieux-Port, peu de boutiques sont ouvertes. À travers les rideaux fermés, on devine les rayons saccagés d'Orange, SFR ou encore Boulanger. Jean-Bruno, gérant d'une marque marseillaise de vêtements installée depuis dix ans, a tenu tête aux émeutiers samedi après-midi. « Ils ont essayé de mettre deux ou trois coups de pied, j'ai dit que j'étais le gars de la sécurité, que c'était une marque locale et ils sont partis », raconte-t-il. Sa boutique est intacte, mais il redoute la suite des mobilisations. « Si on laisse ouvert et qu'on est les seuls avec du stock, c'est pour nous la prochaine fois », imagine-t-il. Il envisage de tirer le rideau samedi, alors qu'un « acte II » a été annoncé par la coordination des « gilets jaunes ».
Océane, gérante de la boutique Faguo rue Paradis, a évacué son magasin vers midi samedi face à la montée des tensions. À 15 heures, il était dévalisé. À l'intérieur, elle a retrouvé de la peinture, des déchets et même une boîte d'œufs trônant sur une étagère vidée. « L'équipe est inquiète », ajoute-t-elle, toujours « sidérée ». « Et encore : nous sommes une chaîne, d'autres commerçants n'ont plus rien ». Sur les réseaux sociaux, elle a retrouvé des vidéos prises par les pilleurs eux-mêmes. « Ils ont volé toutes les chaussures de la boutique, mais ils ne savaient pas que ce n'étaient que des pieds gauches », rit-elle, jaune.
Des mesures de protection et un appel au calme
Dans la très chic artère commerçante, de nombreuses boutiques ont été visées. Des artisans remplacent déjà les premières vitrines tandis qu'un policier effectue des prélèvements dans une enseigne de chaussures de course à pied. Sur le seuil d'un magasin de vente d'or, victime d'une tentative d'effraction, une employée confirme : samedi, la boutique sera fermée pour la sécurité des employés. À quelques mètres, l'accès aux boutiques Hermès et Louis Vuitton est barré par des rubans jaunes et noirs. Des boîtes orange de l'enseigne de luxe jonchent le sol.
Certaines enseignes ont eu plus de chance. La bijouterie APM Monaco est intacte et ouverte ce lundi. « Certains ont essayé d'entrer mais notre rideau de fer est très lourd, il a tenu », explique Léa, une des salariées. « On ne sait pas encore quoi faire, on prend un peu la température aujourd'hui », souligne-t-elle, précisant que la décision finale reviendra au siège de la marque. Ali, gérant d'une bijouterie familiale, avait anticipé en mettant au coffre tous les bijoux d'habitude en vitrine. Devant Zara, des agents de sécurité mobilisés le jour J ont dissuadé les émeutiers d'entrer.
La CCIAMP appelle l'État à reprendre la main
Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence, martèle : « Les commerçants ne peuvent pas être une variable d'ajustement ». Il pointe le risque que certains se défendent par eux-mêmes dès samedi. « L'inquiétude monte, alerte-t-il. Le risque est que ces scènes de guérilla urbaine se reproduisent à chaque manifestation ». En échange permanent avec la préfecture, il appelle au calme : « l'État doit reprendre la main situation ».