Parfois, de bonnes relations professionnelles peuvent se dégrader subitement au premier désaccord ou face à une difficulté. D'autres fois, dès les premiers échanges, on sent que l'on a affaire à un collègue ou à un manager toxique. Comment s’en prémunir ? Des experts mettent en garde contre une utilisation trop large du terme.
Un concept non médical ni légal
"Attention, le concept de manager toxique n’est ni médical ni légal", prévient Anaïs Roux, directrice scientifique de Teale (plateforme de prévention en santé mentale) et psychologue du travail. Ce terme, bien que courant dans le langage professionnel, ne correspond à aucune catégorie juridique ou clinique officielle. Il désigne plutôt un ensemble de comportements managériaux perçus comme nocifs pour l'équipe.
Ces comportements peuvent inclure la microgestion, le manque de reconnaissance, la communication agressive ou passive-agressive, et l'instabilité émotionnelle. Cependant, tous ces comportements ne sont pas nécessairement illégaux. "Une relation toxique ne relève pas du pénal, sauf lorsqu'elle s'accompagne de faits de discrimination ou de harcèlement moral ou sexuel", précise Élise Chaumon, directrice générale associée d'Egidio (cabinet de conseil en prévention des risques) et psychologue experte judiciaire.
Distinguer toxicité et illégalité
Il est crucial de faire la distinction entre un management difficile et un harcèlement caractérisé. Le harcèlement moral, défini par le code du travail, implique des agissements répétés qui ont pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. En revanche, un manager toxique peut être simplement inefficace ou stressant sans franchir cette ligne rouge.
Les psychologues conseillent de ne pas banaliser le terme "toxique" pour éviter de minimiser les situations de harcèlement réel. "Le mot toxique est devenu un fourre-tout qui peut nuire à la reconnaissance des vraies violences psychologiques", ajoute Anaïs Roux. Il est donc important d'observer les faits précis et leur impact sur le travail.
Comment se protéger d’un manager toxique ?
Face à un manager perçu comme toxique, la première étape consiste à documenter les incidents : dates, description des faits, témoins éventuels. Cette traçabilité est essentielle si la situation devait évoluer vers une procédure formelle. Ensuite, il est recommandé de chercher du soutien auprès des ressources humaines, du comité social et économique (CSE) ou d'un représentant du personnel.
Si le climat devient insupportable, les experts suggèrent également de prendre soin de sa santé mentale : consulter un psychologue du travail, utiliser les dispositifs d'écoute psychologique en entreprise, et ne pas hésiter à demander une médiation. "L'important est de ne pas rester isolé", insiste Élise Chaumon. "Parler à un collègue de confiance ou à un professionnel peut aider à prendre du recul."
En dernier recours, un changement de service ou d'entreprise peut être envisagé. Mais avant cela, il est conseillé de tenter une clarification avec le manager concerné, si la relation le permet. "Parfois, le manager n'a pas conscience de l'impact de ses actes", note Anaïs Roux. "Un dialogue ouvert, avec l'appui d'un tiers, peut résoudre des malentendus."
Le rôle de l’entreprise dans la prévention
Les entreprises ont un rôle clé à jouer pour prévenir les relations toxiques. Elles doivent former leurs managers à un leadership bienveillant et mettre en place des canaux de signalement efficaces. La prévention passe aussi par une culture d'entreprise qui valorise le respect et la communication constructive. "Un manager toxique est souvent le symptôme d'un dysfonctionnement plus large dans l'organisation", conclut Élise Chaumon.



