En 2024, les foires aux vins de la grande distribution ont généré 1,08 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 168,5 millions de bouteilles vendues, selon le panel Nielsen. Ce montant représente 17 % des ventes annuelles de vin en hypermarchés et supermarchés. Pourtant, le bilan est en demi-teinte : les volumes et la valeur ont reculé de 3 % par rapport à 2023. Ce paradoxe illustre l’importance croissante de ce rendez-vous automnal dans un marché du vin en pleine contraction.
Une consommation en chute de 28 % en vingt ans
Depuis vingt ans, la consommation de vin en France a diminué de 28 %, pour atteindre environ 35 litres par personne et par an, selon l’Organisation internationale de la vigne. Les habitudes évoluent : essor de la bière, apparition des boissons sans alcool, succès de la mixologie. Les 25-34 ans sont moins attachés aux codes traditionnels de l’œnologie et privilégient une consommation occasionnelle et décomplexée. Les vins rouges, notamment, paient le prix fort de ce désamour.
Le prix, premier critère d’achat
Dans ce contexte, le prix reste le premier arbitre. En 2024, 84 % des achats concernaient des bouteilles à moins de 10 euros, tandis que les références au-dessus de cette barre reculaient fortement. Les distributeurs misent sur des bouteilles donnant le sentiment d’une bonne affaire : appellations reconnues, cuvées de vignerons, exclusivités, médailles ou coups de cœur de sommeliers. La bataille porte aussi sur les couleurs : les rouges reculent, les blancs progressent, traduisant une recherche de vins plus frais, plus légers et plus faciles à associer à des usages contemporains.
Les cavistes et l’e-commerce se démarquent
Les cavistes traditionnels investissent le terrain avec un modèle différent : moins de volume, mais davantage de conseils et de sélections. Intercaves, après dix ans d’absence, a renoué avec la foire l’année dernière, avec un résultat annoncé de +4 % de chiffre d’affaires, +2 % de trafic et +20 % de créations de cartes de fidélité. Fort de ces résultats, les 75 caves franchisées ont décidé de reconduire l’opération en 2026, avec 45 cuvées et une forte présence de bouteilles sous les 10 euros.
Le commerce en ligne apparaît comme un grand gagnant. En 2025, iDealwine proposait plus de 200 vins, allant des grands crus aux jeunes domaines, des vieux millésimes aux vins bio, biodynamiques ou naturels, ainsi que des références étrangères. Le site joue sur la rareté et la connaissance de l’amateur autant que sur la remise. Cette stratégie s’adresse à une clientèle moins intéressée par le prix le plus bas que par des bouteilles introuvables au supermarché.
Chaque circuit cherche sa propre identité
Chaque circuit tente de donner sa propre identité à la foire aux vins. La grande distribution mise sur la puissance d’achat, le prix et la visibilité. Les cavistes capitalisent sur le conseil et la proximité. Les e-cavistes jouent la profondeur de gamme, la donnée et la comparaison. Tous cherchent à faire revenir le vin dans les arbitrages de consommation, face à la bière, aux cocktails et aux boissons sans alcool. Les enseignes tentent de rendre le rayon plus accessible, avec des vins fruités, légers, faciles à boire et à tarifs attractifs.
Ce mois-ci, les bouteilles seront donc partout : dans les hypermarchés, chez les cavistes et sur les écrans. Mais derrière cette profusion, une même question se pose : qui saura encore donner envie de boire du vin ?



