Les dépôts pétroliers de Puget-sur-Argens et de La Garde, dans le Var, fournissent ensemble plus d'un million de mètres cubes de carburant chaque année au territoire. Approvisionnés par pipeline et par trains, ces sites gérés par TotalEnergies et Evole s'adaptent à la variation de consommation et à la volatilité des prix.
Le dépôt de Puget-sur-Argens : un site stratégique de 50 000 m³
Le dépôt pétrolier de Puget-sur-Argens, d'une capacité de 50 000 m³, approvisionne les stations-service du Var, des Alpes-Maritimes et d'une partie des Alpes-de-Haute-Provence. Construit au début des années soixante-dix, ce complexe compte aujourd'hui 10 bacs auxquels s'ajoutent 4 cuves plus petites réservées à l'éthanol. Il est devenu le Dépôt pétrolier de la Côte d'Azur (DPCA), propriété d'un conglomérat de quatre actionnaires (TotalEnergies, Esso, Eni et Thévenin Ducrot, marque Avia) mais géré par la branche marketing de TotalEnergies.
« Aucun des actionnaires ne détient plus de 50 % des parts », précise le directeur Sébastien Ortis, qui chapeaute depuis juin dernier l'équipe de 11 salariés après avoir travaillé à Fos puis à La Mède. L'infrastructure varoise est approvisionnée par pipeline depuis le bassin pétrochimique de l'étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône.
100 camions par jour et une plateforme numérique nationale
Cinq îlots de chargement, pourvus de 27 bras au total, réceptionnent une centaine de camions par jour, et jusqu'à 120 durant les mois d'été où la population du territoire grossit. « Tous les additifs, comme l'éthanol pour l'E10 ou l'E85, sont ajoutés au pied du camion par le chauffeur lui-même », ajoute le dirigeant. Une plateforme numérique nationale centralise tous les achats de produits et alerte chaque jour le site de Puget sur les demandes auxquelles il faudra répondre le lendemain.
« Ils sont tous multiproduits. Un camion peut avoir jusqu'à 9 cuves différentes », souligne le directeur. Pour accéder au site, le contrôle biométrique est mis en œuvre, tout comme la vidéoprotection. Le site est autonome en matière de sécurité incendie grâce à un bassin d'eau de 1 700 m³ qui vient d'être couvert pour éviter l'évaporation et l'encrassement. « Nous effectuons un exercice mensuel », ajoute Sébastien Ortis. Des capteurs d'hydrocarbures répartis sur les 5 hectares du dépôt permettent de repérer toute fuite, tandis que des couronnes de refroidissement habillent les bacs.
950 000 m³ délivrés en 2026 via le pipeline SPMR
Le DPCA anticipe une légère baisse des volumes cette année, notamment en raison de la hausse des prix. Ce sont tout de même 950 000 m³ qui devraient être délivrés en 2026, après avoir transité par le pipeline de l'acteur privé SPMR, que le dépôt rémunère pour cette prestation de transport. « Il ne doit jamais s'arrêter car tous les produits passent par le même conduit, et ils risqueraient de se mélanger », détaille le responsable. Lorsque cela arrive, le « contaminât » est renvoyé pour être purifié, dans une raffinerie, comme celle de Feyzin.
Une fois acheminé jusqu'à Puget, le produit est délivré au rythme de 420 m³/heure, et 4 pipelines différents prennent le relais pour l'essence, le gazole, le fioul et le carburant d'avions qui approvisionne l'aéroport de Nice. « Actuellement sur les 50 000 m³ stockés, le gazole représente la moitié, le jet (kérosène, Ndlr) 12 000 et le fioul domestique a été mis en sommeil pour libérer de la place pour l'essence, qui représente le reste. La tendance est toutefois une baisse de la demande de gazole au profit de l'essence, nous nous attendons à devoir inverser les capacités dans les prochaines années. »
Le dépôt d'Evole à La Garde : un site stratégique de 60 000 m³ par an
Le dépôt d'Evole à La Garde connaît une évolution similaire. Ici, les clients sont des stations essence, mais aussi des revendeurs de fioul domestique ou de carburant pour les engins de chantiers et même des yachts, particulièrement nombreux pendant la période estivale sur la Côte d'Azur, au point d'avoir une station de distribution à Antibes. « Nous n'avons que du gazole, ici, dont la vente connaît un recul de 7 % sur le plan national tandis que le fioul domestique s'est effondré à - 37 %. Le groupe doit limiter les stocks sur l'ensemble de ses dépôts, et couvrir le risque avec des outils financiers », explique Emeric Marin, directeur des Activités Carburants et Combustibles d'Évole Énergies.
Le groupe, désormais implanté dans tout l'hexagone, a grossi en rachetant de petits acteurs locaux, comme la marque K9 dans le Var, et réalise aujourd'hui deux milliards d'euros de chiffre d'affaires par la vente de carburants, dont 600 millions d'euros pour Evole Sud, qui comprend le dépôt de La Garde, mais aussi des stations. 35 salariés, dont une partie en force de vente mais aussi une quinzaine de chauffeurs, travaillent à partir du site qui commercialise 60 000 m³ de produits par an dont 40 000 de B7, ce gazole qui contient 7 % d'huile de colza, incorporé sur place.
Contrairement à Puget, le site de La Garde n'est pas un prestataire de services mais un fournisseur de carburants, soumis toutefois également à de fortes contraintes de sécurité. « Nous sommes un site Seveso seuil bas », précise Stéphane Lavis, le directeur d'exploitation à la tête d'une petite équipe présente de 5 heures à 18 heures, et chargée notamment de réceptionner, deux fois par mois, des trains transportant 1 700 m³ de carburants en provenance du bassin de Fos, où Evole loue aussi 10 000 m³ de capacités de stockage.
Et si, au total, le groupe vend 1,3 million de m³ par an, le site de La Garde, le seul dont il soit propriétaire, est stratégique : près de 2 millions d'euros y ont été investis depuis son acquisition en 2021, dont dernièrement 300 000 euros pour multiplier par deux la capacité de la réserve d'eau anti incendie. Le dépôt de La Garde est entièrement autonome contre ce risque, avec notamment des caméras thermiques, mais aussi le déclenchement d'un rideau d'eau lorsqu'un point chaud supérieur à 300 degrés est détecté. « Le prochain chantier concernera le poste de chargement des camions qui va être modernisé », souligne le directeur face aux bacs de 16 m de haut pour 24 mètres de diamètre. Un vrai pari dans le contexte de volatilité des prix du baril et alors que doit entrer en vigueur, en janvier prochain, le nouveau mécanisme d'Incitation à la réduction de l'intensité carbone des carburants (IRICC) déterminant pour le modèle économique du secteur.



