Les colorants synthétiques dans les sirops : un danger pour la santé des enfants
Colorants synthétiques dans les sirops : un danger pour les enfants

Un sirop de menthe bien vert. Une grenadine bien rouge foncée. Un sirop de citron jaune flashy. Derrière ces couleurs naturellement associées à la plante ou aux fruits des gammes de sirops se trouvent des additifs synthétiques : E129 pour le rouge ; E133 pour le vert ; E102 pour le jaune.

Sans fonction aucune dans la conservation, ces colorants synthétiques sont massivement présents dans les sirops. Ils sont classés « rouge - à éviter » par « l’UFC que choisir », et des études, rapportées notamment par l’application d’analyse de composition alimentaire Yuka, relient ces produits synthétiques à des problèmes de santé.

Neurotoxicité et TDAH

Ces colorants favoriseraient l’hyperactivité et les troubles du déficit de l’attention chez l’enfant (TDAH) en plus d’avoir propriétés neurotoxiques et cancérigènes. Il paraît donc difficile de défendre leur emploi au titre de seules considérations esthétiques. D’autant que ces produits sont essentiellement consommés par les enfants : 59 % des Français qui ont une bouteille de sirop dans leur placard, un taux qui monte à 66 % dans les familles avec enfants, selon le syndicat français des sirops.

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« Ce qu’on peut souhaiter, maintenant qu’on sait que ces additifs sont nocifs, c’est de travailler avec les industriels dans une démarche pédagogique à des alternatives. Par exemple un bouchon vert pour le sirop de menthe, rouge foncé pour la grenadine, et ainsi de suite », dit à 20 Minutes Isabelle Cussac, spécialiste du marketing, notamment à destination des enfants.

Car pour la spécialiste, il « est risqué de changer » pour les industriels. « C’est une décision lourde, reprend-elle. Celui qui change en premier se tire une sorte de balle dans le pied. Donc généralement, ce sont de petits acteurs qui s’y collent et innovent, avec un discours sur la qualité et qui vendent plus cher ». Dans le cas du sirop de menthe, fabriqué industriellement à partir des composés aromatiques de la plante, l’absence du colorant E133 laisserait ce sirop transparent ou légèrement jaunâtre.

Des repères difficiles à abattre

Or, « les enfants apprennent dès leur plus jeune âge des choses en se repérant à la couleur. Un haricot vert, il le reconnaît autant par la forme que par la couleur. Et donc le vert dans le sirop de menthe, c’est logique, pratique, et cela apporte la certitude d’avoir le goût de l’aliment », note notre spécialiste. C’est ainsi que nos regards se sont transformés et habitués, paradoxalement, à se méfier d’un jambon pas assez rose ou d’un citron pas assez jaune.

Comment justifier que ces sirops avec additifs soient vendus souvent presque deux fois moins cher que ceux sans, comme l’a constaté Yuka ? « Les produits fabriqués en plus grande quantité sont aussi les moins chers, et faire mieux coûte plus, avance Isabelle Cussac. C’est la même logique qu’avec, par exemple, le glutamate, un exhausteur de goût qui ne coûte presque rien et qu’il est bien plus facile d’ajouter que de travailler une recette ». Pour la spécialiste du marketing familial de Générations & Co, « il est important d’aider les industriels qui proposent de changer les règles pour lutter contre la malbouffe, que ce soit au sujet des additifs ou de la quantité de sucre, à se coordonner ».

Un arbitrage permanent

Il faut aussi de la pédagogie. « C’est comme avec les gourdes de compote : tout le monde sait qu’il y a moins de produit et que cela génère beaucoup de déchets. Mais une fois qu’on a goûté au confort, la marche arrière est difficile ». La même logique peut présider avec les sirops : « Ce qu’on observe, c’est que les parents font un arbitrage permanent avec leurs enfants, considérant que les petits-déjeuners et les goûters sont “leurs” repas. Ils leur laissent le sirop de menthe bien vert et leurs barres chocolatés à 4 heures contre des courgettes le soir », résume Isabelle Cussac.

À l’image du tabac - dont tout le monde sait que fumer tue, et pourtant des gens fument –, « le consommateur vit avec ses paradoxes, entre ce dont on a envie et l’impact sur la santé ». Alors, que valent quelques gouttes d’additifs dans un sirop face aux conforts de nos habitudes ?

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