À Boston, une heure avant le coup d’envoi d’un match de Coupe du monde, le speaker exhorte les spectateurs à se lever, main sur le cœur, pour l’hymne américain. Ce samedi 4 juillet 2026, à Philadelphie, lors de France-Paraguay, l’hymne aura une saveur particulière : le pays célèbre les 250 ans de son indépendance.
Les Bleus, habitués à rejoindre rapidement leur camp de base à Boston après les matchs, manqueront une soirée historique à la Pennsylvania State House, où la Déclaration d’indépendance fut signée le 4 juillet 1776, à seulement 5 km du Lincoln Financial Field. « C’est un jour très important, dans une ville aussi particulière, a résumé Jules Koundé en conférence de presse jeudi. Philly est le berceau de l’Amérique et est très forte culturellement. »
Johnny Knoxville et du poulet pour America 250
Pour s’imprégner de l’ambiance America 250, il suffit d’allumer la télévision : les marques américaines bombardent de campagnes marketing. KFC a engagé Johnny Knoxville, star de Jackass, pour un spot mêlant buckets de poulet, drapeaux américains et explosions. « This 4th, be safe out there America », a tweeté KFC le 27 juin 2026.
Les initiatives sont variées : changement de packaging pour les chips Ruffles, bon d’achat de 6 dollars offert par Budweiser aux Américains de plus de 21 ans, ou promotions chez The Home Depot. « Il est très courant aux États-Unis de cibler les publicités en fonction des périodes de l’année », explique Alessandro Maffei, doctorant spécialiste des États-Unis au Centre de recherches internationales de Sciences Po. « C’est souvent à l’occasion de l’anniversaire de l’Indépendance que les entreprises organisent des promotions en vendant leurs produits à 17,76 $ ou à des prix avec ces chiffres. »
Des retombées financières énormes
Selon le site WalletHub, les Américains dépenseront cette année 9,4 billions de dollars en nourriture pour la seule journée du 4 juillet. Mais l’intérêt n’est pas seulement économique. Félix Lemieux, chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’université du Québec à Montréal, souligne : « On retrouve quand même plusieurs fois le côté patriotique dans ces pubs. La société américaine est de plus en plus polarisée, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et c’est peut-être une façon d’aller chercher tous les Américains, d’aller projeter une image d’unité. Parce que c’est difficile d’attaquer le patriotisme américain, d’attaquer le drapeau américain. C’est une façon de jouer sur quelque chose qui est très conventionnel, qui unit généralement les Américains. »
Les entreprises qui ne participent pas à cet élan populaire risquent d’être mal vues. Depuis vingt-cinq ans, le cabinet Brand Keys établit un classement des marques les plus patriotiques. En 2026, Jeep, Coca-Cola et Ford sont sur le podium, tandis que Google n’est qu’en 99e position. « C’est pour ça que ce n’est pas surprenant de voir ce genre de compagnies essayer de jouer sur cette image-là, d’être purement américains », analyse Félix Lemieux. Ford a lancé une campagne « American Value. For American Values », après avoir utilisé « From America, For America » l’an dernier.
La concurrence s’active
Chevrolet a dégainé une campagne « Heartbeat of America » avec merchandising (blousons, casquettes, tee-shirts). Jeep a ajouté le bouclier de Capitaine America sur le cache pneu de sa Jeep Wrangler. Rien n’est laissé au hasard.
Mais les petites entreprises aussi participent. Des drapeaux se vendent partout, les centres commerciaux Star Market décorent leurs pâtisseries en bleu, rouge et blanc. Le Corrib Pub, dans la banlieue de Boston, vend des tee-shirts et casquettes spéciales à 20 dollars (17,5 euros). « Mais tout l’argent sera reversé à des associations », a précisé un serveur.



