En Algérie, l'attente interminable pour changer un pneu exaspère les familles
Algérie: attendre des semaines pour un pneu, le quotidien

En Algérie, changer un simple pneu est devenu un parcours du combattant. Les automobilistes doivent patienter des semaines, voire des mois, pour obtenir un rendez-vous chez un garagiste. Cette situation, qui dure depuis plusieurs mois, illustre les difficultés économiques que traverse le pays et pèse lourdement sur le moral des familles.

Une pénurie qui s'aggrave

La pénurie de pneus, notamment de marques étrangères, s'est accentuée avec la flambée des prix des matières premières et les difficultés d'importation. Selon un représentant des importateurs cité par le journal El Watan, « les stocks sont au plus bas depuis le début de l'année 2026 ». Les prix ont augmenté de 30 à 40 % en moyenne, rendant l'accès à ce produit de première nécessité pour les automobilistes de plus en plus compliqué.

« Pour changer un pneu, il faut attendre son tour pendant des semaines », témoigne un habitant d'Alger interrogé par Le Monde. « C'est devenu un luxe de pouvoir rouler en sécurité. » Les garages sont débordés et les délais s'allongent, certains clients étant contraints de laisser leur véhicule immobilisé plusieurs jours.

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La vie chère au cœur des préoccupations

Cette pénurie s'inscrit dans un contexte plus large de hausse du coût de la vie en Algérie. Les prix des produits alimentaires de base, comme l'huile, le sucre ou la semoule, ont grimpé de 15 à 20 % sur un an, selon l'Office national des statistiques (ONS). Le pouvoir d'achat des ménages s'en trouve fortement réduit, et beaucoup doivent faire des arbitrages douloureux.

« Avant, je pouvais changer mes pneus tous les deux ans. Maintenant, je repousse au maximum, quitte à rouler avec des pneus lisses », confie un chauffeur de taxi à Oran. « C'est dangereux, mais je n'ai pas le choix. »

Les causes structurelles

Les difficultés d'approvisionnement sont liées à plusieurs facteurs. D'une part, la dépendance de l'Algérie aux importations pour les pneus de qualité, les usines locales ne produisant qu'une partie de la demande. D'autre part, les mesures de restriction des importations mises en place par le gouvernement pour préserver les réserves de change ont freiné les entrées de marchandises.

Selon un économiste algérien cité par Tout sur l'Algérie, « la pénurie de pneus est un symptôme des déséquilibres de l'économie algérienne, trop dépendante des hydrocarbures et incapable de satisfaire la demande intérieure ». Il ajoute que « sans réformes structurelles, ces situations de pénurie risquent de se multiplier ».

Des conséquences sur la sécurité routière

L'état des pneus est un facteur majeur d'accidents de la route. Selon la Gendarmerie nationale, 30 % des accidents mortels en Algérie sont liés à un mauvais état des pneumatiques. Avec la pénurie, ce chiffre pourrait augmenter, alertent les associations de sécurité routière.

« Les automobilistes sont contraints de rouler avec des pneus usés, ce qui augmente les risques d'éclatement et de perte de contrôle », explique un porte-parole de la Prévention routière algérienne. « Nous appelons les autorités à prendre des mesures urgentes pour garantir l'approvisionnement. »

Les pistes de solution

Face à cette crise, le gouvernement algérien a annoncé des mesures pour faciliter l'importation de pneus, notamment en réduisant les délais d'obtention des licences. Par ailleurs, des incitations sont prévues pour développer la production locale, avec l'objectif de couvrir 50 % des besoins d'ici 2028.

En attendant, les automobilistes doivent s'armer de patience. « On espère que ça s'améliorera, mais en attendant, on fait avec », résume un père de famille à Constantine. « La vie est devenue tellement chère qu'on doit choisir entre manger et entretenir sa voiture. »

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