Publicité des paris sportifs : 60% du CA des opérateurs vient des joueurs excessifs
60% du CA des paris sportifs vient des joueurs excessifs

À la veille du coup d'envoi de la Coupe du monde de football 2026, les professionnels de la santé publique tirent la sonnette d'alarme. Face à un budget publicitaire en hausse de 25 % chez des opérateurs comme Winamax ou Unibet, les associations dénoncent une exposition massive des mineurs et des joueurs excessifs, sur fond de tensions politiques autour de l'Autorité nationale des jeux (ANJ).

Un budget publicitaire en forte hausse

Selon plusieurs associations, cette compétition internationale représente une « période à hauts risques d'addiction aux paris sportifs pour les jeunes et les joueurs excessifs », qui s'installent directement dans le viseur du « puissant marketing des opérateurs tels que Winamax ou Unibet ». En France, les parieurs dont le jeu est excessif se distinguent par une pathologie lourde, caractérisée par une perte de contrôle, l'incapacité à s'arrêter de jouer ou à jouer moins malgré des conséquences négatives financières, psychologiques, familiales ou sociales. Ce public représente 15 % des parieurs, soit trois fois plus que sur l'ensemble des jeux d'argent. Ces profils fragiles peuvent se retrouver particulièrement ciblés par les entreprises du secteur, qui s'apprêtent à franchir un nouveau cap financier en dépensant cette année 785 millions d'euros de publicité, pour moitié sur le digital, un montant en hausse de 25 % par rapport aux vagues précédentes.

Un « matraquage publicitaire » dénoncé

Pour Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'ANJ, cette Coupe du monde constitue une « période à risques » alimentée par une « promotion des paris de plus en plus efficace ». Pour protéger les mineurs, le gendarme des jeux préconise d'interdire les réclames dans une période allant de cinq minutes avant à cinq minutes après la fin d'un match. Une mesure jugée très insuffisante par Addictions France, qui réclame une interdiction de une heure avant et une heure après les matchs. L'association souhaite aussi prohiber le sponsoring afin d'éviter que s'instille l'idée que le pari sportif fait partie de l'expérience du sport, ce qui les banalise. Bien que des diffuseurs comme M6 ou beIN Sports aient promis de s'abstenir de diffuser des spots durant les « pauses fraîcheur » des rencontres, le cœur du problème reste intact pour les associations. « C'est normal : 60 % de leur chiffre d'affaires provient des joueurs excessifs », rappelle Myriam Savy, responsable du plaidoyer chez Addictions France. Pour le sociologue Thomas Amadieu, la stratégie de l'industrie est rodée : « l'industrie responsable des dommages se présente comme la solution au problème, pour repousser une régulation plus protectrice des joueurs ». Face à des mises multipliées par trois en seulement cinq ans, le député écologiste Emmanuel Duplessy a martelé qu'« il est urgent d'agir contre le matraquage publicitaire ».

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Soupçons d'« ingérence » politique

L'inquiétude des défenseurs de la santé publique s'accentue face aux récentes décisions de l'exécutif. Une campagne de prévention nationale de Santé publique France est ainsi restée mystérieusement bloquée dans les cartons, les syndicats pointant du doigt une « ingérence des services du Premier ministre ». De plus, le climat institutionnel suscite de vifs doutes : pour succéder à la présidence de l'ANJ, l'Élysée envisage de nommer Pascal Chèvremont, ancien lobbyiste du secteur alcoolier. Un profil qui fait craindre un arbitrage gouvernemental plus favorable aux intérêts financiers des géants du jeu qu'à la protection des populations vulnérables.

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