Qu'elle soit issue d'un héritage, d'une donation ou d'une épargne accumulée au fil du temps, placer une somme de 100 000 euros est loin d'être anodin. L'exercice consistant à proposer des conseils généraux face à un tel investissement se révèle difficile, tant cette équation repose sur des paramètres complexes et des questions importantes, parfois très personnelles. Quel est l'horizon de placement de la personne ? Est-elle déjà propriétaire de sa résidence principale ou d'autres biens immobiliers ? A-t-elle des projets à court ou moyen terme pour lesquels elle pourrait être amenée à mobiliser des fonds ? Démarre-t-elle sa carrière ou s'approche-t-elle de la retraite ?
Deux règles d'or pour tous
Quoi qu'il en soit, deux grandes recommandations s'appliquent à tous. La première : toujours conserver une épargne de sécurité, équivalente à plusieurs mois de revenus, par exemple sur un livret réglementé liquide, afin de couvrir les possibles pépins du quotidien. La seconde, et c'est l'un des maîtres-mots de l'investissement : veiller à diversifier. « C'est la base de toute bonne gestion de patrimoine, quel que soit le contexte macroéconomique, à la fois pour augmenter les probabilités de réussite et pour mutualiser le risque », confirme Séverine Flottes de Pouzols, présidente du cabinet de gestion de patrimoine La Financière de l'Aubrac. Surtout avec une enveloppe aussi importante.
Assurance-vie et PEA, deux indispensables
Les livrets réglementés peuvent être rassurants aux yeux des néophytes : ils sont garantis et accessibles. Le souci : le taux d'intérêt du livret A est actuellement fixé à 1,5 %. Et même s'il est question qu'il augmente légèrement cet été, cela ne suffira pas à rattraper l'inflation, qui devrait atteindre 2 % en 2026, selon les analyses de la Banque de France. Pour sortir de ce premier cadre, la porte d'entrée de l'investissement est souvent l'assurance-vie, considérée comme le couteau suisse du placement. Les Français en sont friands puisque, selon les chiffres publiés par France Assureurs, rien qu'en mars 2026, les cotisations s'élevaient à 18,3 milliards d'euros, soit +17 % par rapport à mars 2025.
Le rendement moyen du fonds euro est de 2,5 %, avec un capital garanti, idéal pour les réfractaires au risque et à la volatilité. « Si le client vise une diversification, avec un premier pas vers l'investissement, l'assurance-vie est en effet parfaitement adaptée. Elle est multisupports : on peut y mettre du fonds euro, un incontournable, d'autant qu'il peut exister des bonus, mais aussi des actions, des obligations, des ETF, du non coté… », détaille Séverine Flottes de Pouzols.
En complément d'une assurance-vie, l'épargnant peut ouvrir un PEA (plan d'épargne en actions), à la fiscalité intéressante. Les actions sont en effet un incontournable. « Historiquement, un placement diversifié en actions sur 15 à 20 ans a procuré en moyenne 5 à 7 % de rendement », souligne l'Autorité des marchés financiers. « Tout dépend des dates d'investissement et de revente, des cycles des marchés boursiers, mais à la longue, les placements en actions procurent souvent un rendement plus élevé que les placements garantis. » Toujours selon l'AMF, 1,9 million de Français ont réalisé au moins une transaction sur des actions en 2025, un chiffre en hausse de plus de 20 % en un an.
Quelle répartition ?
Nous tentons l'exercice délicat de la répartition avec nos experts. Que faire avec nos fameux 100 000 euros ? Voici deux réponses différentes et intéressantes. « Je commencerais par 70 000 euros en assurance-vie, l'enveloppe centrale pour valoriser un capital, diversifier et organiser sa transmission. 20 000 euros sur le PEA, car le moteur actions est essentiel. Et 10 000 euros sur un PER, afin de concilier une optimisation fiscale immédiate et une préparation de la retraite sur le long terme », propose Anne Lefebvre, directrice du Marché Premium Caisse d'Épargne.
Entrons dans le détail. Anne Lefebvre recommande de placer 40 % de la somme sur le fonds euro. « Je conseillerais ensuite 20 % sur des produits structurés, afin de viser la performance tout en conservant une protection partielle du capital. 30 % en gestion déléguée, pour confier la gestion active à des experts. 5 % en private equity, qui permet d'aller chercher un surplus de performance et une diversification de long terme, décorrélée des aléas des marchés. Et enfin 5 % en SCPI, pour une diversification liée à l'immobilier, avec un placement mutualisé. »
Pierre Blanchet, responsable des solutions retail chez Amundi, suggère une autre répartition, davantage adaptée à un profil dynamique ou jeune : « Je proposerais un portefeuille essentiellement composé d'actions, disons 70 %. Avec une forte diversification, des ETF, des fonds actifs, en se permettant des lignes un peu plus spécifiques, par exemple 5 % sur la technologie, 5 % sur la transition énergétique, 5 % sur l'Asie émergente… En complément de ces 70 %, nous pouvons envisager 5 % de non coté. Et enfin 25 % d'actifs obligataires ou équivalents. »
Et pour une personne moins aventureuse ? « Pour un profil équilibré, la poche sécuritaire représente plutôt la moitié du placement. Toute la difficulté aujourd'hui est justement de savoir comment construire celle-ci ! Auparavant, la question délicate était de créer la poche dynamique. Aujourd'hui, il faut vraiment réfléchir aux actifs de protection. On ne peut plus se contenter d'acheter un fonds obligataire classique, car on risquerait d'être déçus, comme cela a été le cas en mars et avril », analyse Pierre Blanchet, qui envisagerait « une proportion en or, une proportion en obligations d'entreprises de bonne qualité et une proportion en dette d'État diversifiée ».
Les ETF, des indices intéressants
Deux placements sont particulièrement attractifs ces dernières années. À commencer par les ETF (Exchange Traded Funds), des fonds indiciels ayant la particularité de reproduire la performance d'un indice comme le CAC 40 ou le Nasdaq. Le nombre d'investisseurs français ayant misé sur cet instrument a explosé selon l'AMF : plus d'un million en 2025, contre 607 000 en 2024. « Il est vrai que les ETF permettent un accès simple et diversifié aux grandes capitalisations, qui plus est avec des frais limités. Pour un investisseur débutant, c'est une bonne solution », acquiesce Anne Lefebvre, de la Caisse d'Épargne. « Si vous prenez un ETF répliquant le MSCI World, il y a fort à parier qu'il surperformera un OPCVM actions monde, grâce à des frais généralement plus faibles », complète Séverine Flottes de Pouzols.
Elle observe cependant un attrait moindre ces derniers temps pour les ETF. « Je ressens en effet moins d'appétence qu'à l'automne dernier, pour des raisons principalement géopolitiques. Avec les ETF, 70 % des capitaux partent aux États-Unis, ce dont les Français ont sans doute moins envie actuellement. Il y a une volonté que l'argent placé soit utile. Quelques années plus tôt, chercher du sens signifiait investir dans l'écologie. Aujourd'hui, cela passe par le renforcement de notre autonomie énergétique et de notre capacité de défense », explique la conseillère en gestion de patrimoine. Des envies qui dépassent les simples questions de rendement ou de risque.
Des produits structurés à étudier
Le second placement attractif, évoqué quelques lignes plus haut : les produits structurés. Pour rappel, il s'agit d'une combinaison de plusieurs actifs financiers proposant un cadre de gestion déterminé à l'avance, avec une durée d'investissement maximale, un potentiel de performance et un niveau de protection du capital annoncés. S'ils se révèlent parfois intéressants et participent à une stratégie de diversification, les produits structurés peuvent aussi sembler compliqués.
« La règle essentielle à garder en tête est de ne pas se lancer dans quelque chose que l'on ne comprend pas ! Or, il peut y avoir des paramètres complexes, parfois difficiles à appréhender, dans les produits structurés. Il est donc nécessaire d'y aller petit à petit, en commençant par des produits simples, qui permettent de se familiariser avec leurs comportements, dans l'idéal avec des garanties, partielles ou totales », pose Pierre Blanchet, d'Amundi. Dans les offres les plus basiques, la situation est en effet relativement simple. « Vous entrez, il y a une date donnée de sortie, avec un rendement annoncé et une garantie. »
Ces produits structurés basiques sont surnommés « vanilles » dans le jargon, confie Sébastien Nourry, directeur du Marché des Particuliers Banque Populaire. « Cela signifie que leurs caractéristiques sont simplement énonçables vis-à-vis des clients ! Ils ont alors un niveau de protection du capital important, voire complet. L'avantage de ces produits est qu'ils permettent des niveaux de rendement en moyenne supérieurs à ceux des livrets réglementés, tout en conservant des garanties pour le client. »
Certains de nos interlocuteurs sont plus critiques envers les produits structurés. « C'est parfois un empilement de frais, de pièges et d'écueils, avec beaucoup de marketing. Pour être honnête, j'en propose peu à mes clients, car les frais d'entrée sont souvent élevés. Il faut être à la fois attentif aux frais, mais aussi aux sous-jacents et à la durée annoncée », met en garde Séverine Flottes de Pouzols.
Se renseigner et se faire aider
Là où tous nos experts se rejoignent, c'est sur un conseil clé : prendre le temps de se renseigner et, si nécessaire, se faire accompagner par un conseiller en gestion de patrimoine ou un banquier. Sébastien Nourry, de la Banque Populaire, va dans ce sens : « Faire appel à un professionnel est une bonne initiative, afin de réfléchir ensemble aux stratégies à adopter, aux différents produits et typologies de supports à choisir, selon son horizon de placement et son appétence au risque. Surtout pour des enveloppes importantes, car il faut parler de rendement, de sécurité, de fiscalité, mais aussi des projets de vie de l'investisseur. »



