Annie Genevard dénonce le « chantage mortifère » des grandes surfaces sur l'agroalimentaire
Dans un entretien accordé au Parisien ce lundi, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a vivement critiqué les pratiques de certaines enseignes de la grande distribution lors des négociations commerciales annuelles. Elle qualifie ces méthodes de « chantage mortifère » exercé sur les industriels de l'agroalimentaire, mettant en lumière des tensions qui menacent l'ensemble de la chaîne de production.
Des exigences incompatibles et des menaces de déréférencement
« Les exigences de la grande distribution, en matière de tarifs, sont incompatibles avec les demandes des industriels », observe la ministre. Elle précise que les distributeurs refusent généralement de discuter des hausses de prix proposées par les fournisseurs, pourtant majoritairement justifiées par des augmentations de coûts, tout en imposant leurs propres baisses de tarifs.
Annie Genevard va plus loin en dénonçant des menaces explicites : « Certaines enseignes menacent de déréférencer certaines marques faute d'accord. J'estime que c'est un chantage mortifère pour l'agroalimentaire ». Cette pression exercée sur les industriels aurait des conséquences en cascade sur toute la filière.
Des conséquences destructrices pour toute la chaîne de valeur
La ministre alerte sur les impacts de ces négociations qu'elle qualifie de violentes : « Si les négociations sont violentes, elles sont destructrices de valeur pour toute la chaîne, pour la rémunération des industriels, et donc pour le prix d'achat des produits agricoles ». Elle souligne que ce sont finalement les agriculteurs qui subissent les conséquences de ces pratiques commerciales agressives.
Le problème ne se limite pas aux relations bilatérales entre distributeurs et fournisseurs. Annie Genevard pointe du doigt un phénomène plus structurel qui complique la régulation de ces négociations.
Le rôle problématique des centrales d'achat européennes
Le géant laitier Lactalis avait déjà dénoncé en janvier les pratiques de la centrale d'achat européenne regroupant Intermarché, Auchan et Casino. Selon une lettre consultée par l'AFP, cette centrale aurait menacé de retirer certains produits des rayons pour obtenir des baisses de tarifs.
La ministre explique ce contournement réglementaire : « Les hausses sont généralement justifiées et le contournement de la loi française via les centrales d'achat européennes n'est plus possible ». Face à cette situation, elle annonce vouloir faire évoluer le droit européen en collaboration avec Serge Papin, ministre des PME et du Commerce.
Cette initiative sera discutée avec les commissaires européens lors du prochain Salon de l'Agriculture, qui se tiendra du 21 février au 1er mars. Traditionnellement, c'est entre le 1er décembre et le 1er mars que se déroulent ces négociations commerciales déterminant les prix des produits en rayon (hors marques propres des distributeurs).
Un bilan mitigé malgré les efforts de régulation
En janvier dernier, à mi-parcours de ces négociations annuelles, le gouvernement et les parties prenantes avaient dressé un premier bilan mitigé. Ce constat intervenait pourtant un mois et demi après la signature d'une charte destinée à apaiser les discussions et à mieux protéger les PME.
Le cabinet du ministère avait alors identifié les centrales d'achat européennes comme un « point d'accroche » majeur, les décrivant comme « un moyen de contourner » la législation française. Cette difficulté persistante montre la complexité de réguler des pratiques commerciales qui transcendent les frontières nationales.
La situation actuelle révèle ainsi les tensions structurelles entre :
- La pression des distributeurs pour maintenir des prix bas
- Les besoins légitimes des industriels face à l'augmentation de leurs coûts
- La nécessité de préserver la rémunération des agriculteurs en amont
- Les limites de la régulation nationale face aux stratégies européennes
Annie Genevard appelle donc à une réforme du cadre européen pour mieux protéger l'ensemble des acteurs de la filière agroalimentaire, des producteurs aux consommateurs.



