Le spectre de la stagflation ressurgit face à la flambée des prix de l'énergie
Stagflation : le spectre des années 1970 ressurgit

Le spectre de la stagflation plane à nouveau sur l'économie mondiale

Le cours du Brent frôlant les 120 dollars, un prix du gaz naturel multiplié par deux, des indices boursiers en berne, des taux d'emprunt des États allemand et français à leur plus haut niveau depuis quinze ans… ces signaux alarmants font resurgir le spectre de la stagflation, ce phénomène économique redouté qui combine faible croissance et forte inflation.

Les leçons tragiques des années 1970

C'est dans les années 1970 que ce terme a été créé pour décrire la conjoncture inédite des pays industrialisés. Les conflits au Moyen-Orient en furent le déclencheur. Fin 1973, les mesures de rétorsion de l'OPEP après la guerre du Kippour provoquèrent une flambée du baril, qui quadrupla en quelques semaines, passant de 4 à 16 dollars. Puis il fut à nouveau multiplié par deux fin 1979 suite à la révolution islamique en Iran, atteignant 40 dollars.

Résultat de ce choc énergétique sans précédent : le PIB français passa d'une hausse de 6,2 % en 1973 à un recul de 0,9 % en 1975, tandis que l'inflation grimpait à 13,7 % en 1974. En 1981, l'inflation se maintenait à 13,6 % avec une croissance atone à +1,2 %. Conséquence désastreuse : le nombre de chômeurs s'envola de 420 000 fin 1973 à 1 700 000 fin 1980.

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Giscard d'Estaing, visionnaire lucide

Dès le 24 octobre 1974, lors d'une conférence de presse historique, le président Valéry Giscard d'Estaing dressa un tableau économique sombre et prémonitoire, expliquant qu'« aucun mécanisme ne peut atténuer les effets sociaux d'une inflation à deux chiffres ». Il déclara également : « Le monde est malheureux. Il est malheureux parce qu'il ne sait pas où il va et parce qu'il devine que s'il le savait ce serait pour découvrir qu'il va à la catastrophe. » Des paroles tragiquement visionnaires.

Une comparaison avec aujourd'hui serait-elle exagérée ?

Établir un parallèle direct entre la situation actuelle et celle des années 1970 relèverait cependant d'une « surdramatisation », selon de nombreux économistes. Plusieurs différences fondamentales existent. D'abord, la majorité des experts militaires anticipent un conflit de courte durée, limitant l'impact sur les marchés. Ensuite, une flambée transitoire des prix des hydrocarbures ne constitue pas de l'inflation au sens strict, définie comme une augmentation générale et durable des prix à la consommation nécessitant une transmission aux salaires.

Les prévisions des banques centrales tempèrent également les craintes. La Réserve fédérale américaine prévoit une inflation de 2,7 % fin 2026 (contre 2,4 % avant le conflit) avec une croissance robuste de 2,4 %. La Banque centrale européenne anticipe une inflation de 2,6 % cette année dans la zone euro (contre 1,9 % auparavant) et une croissance de 0,9 % (contre 1,2 %). Rien de réjouissant, mais rien de catastrophique non plus.

L'incertitude économique reste totale

La vérité est que ni Christine Lagarde, présidente de la BCE, ni Jerome Powell, patron de la Fed, ni le commun des mortels n'ont la moindre idée du niveau auquel se situera le prix du pétrole dans trois mois : 150 dollars ? 200 dollars ? 50 dollars ? Nul ne le sait. Plus que jamais, l'incertitude économique est totale, rappelant les sombres prévisions de Giscard d'Estaing il y a près d'un demi-siècle.

Le spectre de la stagflation plane donc, mais les conditions économiques et structurelles diffèrent significativement de celles des années 1970. La vigilance reste de mise face à cette conjoncture complexe où énergie, inflation et croissance s'entremêlent dans un équilibre précaire.

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