Pétrole en forte hausse après les attaques et menaces iraniennes
Les cours du pétrole ont connu une flambée spectaculaire jeudi, avec le baril de Brent qui est repassé au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars. Cette hausse intervient dans le contexte tendu de l'attaque de deux pétroliers au large de l'Irak et des déclarations belliqueuses de l'Iran, qui s'est dit prêt à une guerre pouvant « détruire » l'économie mondiale.
Les marchés asiatiques sous pression
Les places boursières asiatiques ont réagi négativement à cette escalade géopolitique. L'indice Nikkei 225 de Tokyo a clôturé en baisse de 1,0%, tandis que le Hang Seng de Hong Kong affichait un recul de 0,9%. Les marchés de Sydney, Séoul, Bombay, Wellington, Singapour, Taipei, Manille et Jakarta étaient également en territoire négatif jeudi.
Le baril de Brent a atteint un pic à 101,59 dollars dans la journée, avant de se stabiliser autour de 98,04 dollars vers 7 heures GMT, soit une progression de 6,6%. Sur le marché américain, le West Texas Intermediate (WTI) a progressé de 6,3% pour atteindre 92,72 dollars le baril.
L'échec relatif du déblocage des réserves stratégiques
Le déblocage massif de 400 millions de barils de pétrole annoncé mercredi par l'Agence internationale de l'Énergie (AIE) n'a pas suffi à calmer durablement les marchés. Cette opération, présentée comme « la plus importante » de l'histoire de l'institution, apparaît comme un geste plus symbolique qu'une solution structurelle selon les analystes.
Stephen Innes de SPI Asset Management analyse : « Dans le jargon des traders, la décision de l'AIE équivaut à diriger un tuyau d'arrosage vers l'incendie d'une raffinerie. L'alarme géopolitique continue de sonner au niveau du détroit d'Ormuz. »
Le détroit d'Ormuz, point névralgique menacé
Le conflit bloque actuellement le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique par lequel transite habituellement près de 20% du pétrole et gaz naturel liquéfié mondiaux. Cette artère vitale pour l'économie mondiale est également cruciale pour le transport maritime des engrais, avec environ un tiers du trafic mondial qui y passe.
Les autorités irakiennes ont confirmé jeudi matin qu'une attaque contre deux pétroliers au large de l'Irak avait fait un mort. L'Iran a quant à lui annoncé mardi qu'il ne permettrait pas « l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre ».
Conséquences économiques et mesures d'urgence
La flambée des cours du pétrole ravive les craintes d'une nouvelle accélération de l'inflation mondiale. Des analystes estiment qu'en l'absence de perspective de paix rapide, la fourchette de 90 à 100 dollars pourrait devenir la nouvelle norme pour le brut dans les prochains mois.
Face à cette situation, plusieurs pays ont pris des mesures d'urgence :
- Les autorités néo-zélandaises envisagent de recourir à une loi vieille de plusieurs décennies pour restreindre l'utilisation des véhicules si les réserves de carburant venaient à diminuer
- L'Australie a annoncé autoriser des teneurs en soufre plus élevés pour les carburants pendant deux mois afin de renforcer l'offre
L'armée iranienne a par ailleurs déclaré mercredi vouloir frapper « les centres économiques et les banques » dans le Golfe, tandis que l'agence Tasnim a cité les géants américains de la technologie comme de « futures cibles » potentielles.
Les experts avertissent qu'une interruption prolongée du trafic dans le détroit d'Ormuz pourrait engendrer un choc économique majeur, particulièrement en Asie et en Europe, avec des répercussions sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale.



