2026 : Les marchés face aux défis géopolitiques et aux opportunités européennes
2026 : Marchés, géopolitique et opportunités européennes

Une année 2026 sous tension géopolitique mais économique stable

Le début de cette année 2026 est incontestablement marqué par des enjeux géopolitiques majeurs. L'Ukraine, l'Iran, le Venezuela et le Groenland représentent autant de dossiers sensibles qui pourraient générer des surprises et des inquiétudes dans les prochains mois. Pourtant, il est frappant de constater que les marchés financiers semblent de plus en plus insensibles à ce type d'actualité internationale, ne réagissant que par de brefs soubresauts rapidement effacés.

La continuité économique prévaut malgré les incertitudes

Pour le reste, le passage au 31 décembre 2025 n'a pas constitué une rupture significative, et l'année 2026 débute dans la parfaite continuité de la précédente. Les épargnants doivent désormais composer avec un environnement complexe : des taux d'intérêt plus faibles à court terme mais plus élevés à long terme, des indices boursiers globalement chers, et un marché immobilier encore en phase de convalescence. Dans ce contexte, l'inaction n'est absolument pas une option viable pour les investisseurs.

À défaut de rupture brutale, il devient essentiel de suivre attentivement les évolutions en cours : réduire progressivement ses placements de court terme, effectuer des choix judicieux concernant ses actifs risqués, et diversifier au maximum son patrimoine. Cette approche doit s'accompagner d'une préparation minutieuse à ce que tout financier expérimenté redoute par-dessus tout : l'imprévu géopolitique ou économique.

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L'analyse de Benjamin Melman sur les perspectives 2026

Après trois années consécutives de hausse soutenue, une question cruciale se pose : les marchés peuvent-ils maintenir leurs niveaux élevés, particulièrement compte tenu des bouleversements géopolitiques actuels ? Benjamin Melman, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management, partage son analyse approfondie des enjeux et opportunités pour cette nouvelle année.

Des marchés fragiles malgré la progression continue

Benjamin Melman : « Cela fait précisément trois ans que les marchés enregistrent des hausses impressionnantes, et les niveaux de valorisation atteignent parfois des sommets excessifs, particulièrement aux États-Unis dans le secteur de l'intelligence artificielle. Cependant, il reste difficile d'identifier clairement ce qui pourrait provoquer un retournement brutal et soudain. »

Le spécialiste poursuit son analyse : « Les orientations budgétaires demeurent résolument expansionnistes, que ce soit aux États-Unis, au Japon ou en Allemagne. Par ailleurs, l'inflation reste globalement maîtrisée, et les banques centrales semblent enclines à éviter un durcissement excessif de leurs politiques monétaires. Les marchés peuvent donc continuer leur progression, mais avec une fragilité qui ne cesse de croître. Si le vent venait à tourner, les corrections pourraient être à la fois rapides et particulièrement marquées. »

La dispersion des valorisations comme opportunité

Cette situation est en partie contrebalancée par une grande dispersion des niveaux de valorisation sur les marchés. Depuis deux années, ce qui monte reste essentiellement ce qui a déjà connu des hausses significatives. En contrepartie, le reste de la cote affiche des valorisations bien plus raisonnables et attractives.

« C'est notamment le cas des petites capitalisations européennes », précise Benjamin Melman. « Très sous-pondérées dans les portefeuilles des investisseurs institutionnels et particuliers, elles présentent des cours particulièrement séduisants. Le plan de relance allemand récemment annoncé, combiné aux avancées concrètes de l'Europe vers une union des marchés de capitaux, pourrait créer un puissant catalyseur pour ces sociétés prometteuses. »

Le potentiel exceptionnel des actions européennes

Un changement politique majeur est actuellement en cours en Allemagne, où le gouvernement revoit profondément ses priorités stratégiques : plan de relance économique ambitieux, réarmement progressif, et réinvestissement massif dans les infrastructures. La première puissance économique de la zone euro semble avoir pris la pleine mesure de l'urgence à agir face aux défis contemporains.

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« Nous pensons fermement qu'une véritable impulsion politique peut ainsi émerger en Europe cette année », explique Benjamin Melman. « Nous restons cependant plus réservés concernant le niveau des bénéfices attendu par le consensus des analystes : le marché anticipe environ 12 % de croissance des bénéfices, ce qui nous paraît excessivement optimiste. Mais la question essentielle ne se situe pas à ce niveau. L'enjeu est avant tout politique : l'Europe va-t-elle continuer à avancer de manière coordonnée et déterminée ? Si tel est effectivement le cas, alors l'année 2026 peut s'avérer excellente pour les actions européennes. »

L'intelligence artificielle : entre révolution et prudence

Concernant le thème porteur de l'intelligence artificielle, Benjamin Melman adopte une position nuancée : « Nous croyons sincèrement à la révolution de l'IA, mais nous abordons ce sujet avec une prudence nécessaire. La vraie question fondamentale porte sur les gains de productivité réels que cette technologie va apporter à l'économie mondiale. Les utilisateurs finaux de l'IA en seront probablement les principaux bénéficiaires, plutôt que les producteurs technologiques, qui sont en outre confrontés à des problématiques complexes de valorisation boursière. »

« C'est précisément pourquoi nous privilégions actuellement le thème stratégique de la donnée », poursuit l'expert. « Dans de nombreux secteurs économiques, les entreprises qui feront véritablement la différence seront celles qui disposent des bases de données les plus riches, les plus structurées et les plus exploitables. L'autre thème central pour 2026 est incontestablement celui de la résilience organisationnelle. La montée constante des risques géopolitiques place désormais la souveraineté économique et la résilience opérationnelle au cœur des stratégies d'entreprise. Cette tendance favorise naturellement les entreprises capables d'adapter rapidement leurs chaînes de production et de profiter intelligemment de la recomposition en cours de l'économie mondiale. »

Intégrer le risque géopolitique dans la gestion patrimoniale

Face à un risque géopolitique de plus en plus prégnant et structurant, Benjamin Melman détaille son approche : « Dans un monde manifestement moins apaisé que par le passé, nous accordons une place croissante aux enjeux géopolitiques dans nos analyses macroéconomiques et sectorielles. Pour autant, nous les intégrons avec mesure et pondération dans notre politique d'investissement, car l'actualité internationale est souvent dominée par le bruit médiatique à court terme. Cette approche raisonnée nous a toutefois conduits à limiter légèrement, mais significativement, notre exposition globale au risque sur les marchés financiers. »

En conclusion, l'année 2026 s'annonce comme une période de vigilance accrue pour les investisseurs, où la capacité à distinguer le signal du bruit, à identifier les véritables opportunités malgré les tensions internationales, et à construire des portefeuilles résilients constituera la clé de la performance financière durable.