L'IA dans la banque : menace pour l'emploi ou transformation des métiers ?
Un lieu froid, moderne et épuré, où la dématérialisation ultime évoque les romans de science-fiction de Philip K. Dick. Gigantesque. Des bornes, mais ni guichet ni présence humaine. Où sont les traders ? Où se cachent les conseillers ? Est-ce la banque de demain : des agences où l'on ignore où sont stockés l'or et tous les dépôts financiers ? Cette vision n'est plus seulement théorique. Elle traverse l'ensemble du secteur financier, des banques traditionnelles aux agences numériques.
Des suppressions de postes qui s'accélèrent
Le 5 février dernier, la plateforme d'échange de cryptomonnaies Gemini annonçait vouloir supprimer 200 emplois dans le monde. Début 2025, Bloomberg Intelligence estimait que d'ici 2030, l'intelligence artificielle pourrait remplacer 200 000 emplois au sein des grandes banques mondiales. Fin janvier 2026, 1 800 suppressions de postes ont été annoncées à la Société Générale en France, tandis que BNP Paribas prévoyait 1 200 suppressions dans le monde. Des salariés du Crédit Agricole, eux, se sont mis en grève le 22 janvier pour dénoncer notamment des coupes dans les effectifs.
"L'impact que l'on projette sur les effectifs et la masse salariale, c'est à peu près de l'ordre d'une quinzaine de pourcents à horizon d'une dizaine d'années", affirmait récemment Thomas Rocafull, directeur associé banque chez Sia Partners, interrogé par Franceinfo. Soit plus de 50 000 postes au total. Dès lors, faut-il redouter une casse sociale d'ampleur dans le secteur bancaire ?
Des métiers qui évoluent plutôt que des emplois qui disparaissent
"Il n'y a pas de suppression d'emplois mais des métiers qui évoluent", nuance David Marchal, DRH des Banques Populaires et des Caisses d'Épargne. "Il faut 'muscler' les compétences. Dans cet écosystème en pleine transformation, nos collaborateurs bénéficient en moyenne de sept jours de formation par an, alors que la moyenne du secteur bancaire se situe plutôt autour de cinq jours", poursuit le DRH.
Depuis deux ans, le groupe BPCE forme également ses conseillers à l'IA et par l'IA, grâce à un outil d'adaptive learning qui propose des parcours de formation personnalisés. "Un dispositif complété par une offre d'entraînement avec un coach humain et/ou un coach IA, selon les besoins des salariés", précise David Marchal. Le groupe, présent dans 58 pays et comptant 103 000 collaborateurs, affirme utiliser l'IA "de manière éthique et responsable, avec une conduite du changement pragmatique co-construite avec les Directions métiers Data & IA et RH".
L'IA au service de la relation client
Des cas d'usage, notamment liés à des "tâches répétitives et administratives", ont été identifiés. Par exemple, l'IA aide le conseiller pour une préparation plus complète du rendez-vous avec le client, "et un temps d'échange plus qualitatif avec celui-ci", décrit David Marchal. Objectif : gagner du temps. À l'issue de l'entretien, un compte rendu dicté par le conseiller est synthétisé et restructuré par l'IA, en vue de garder une trace des projets personnels évoqués lors de la rencontre.
Autre évolution : inciter les conseillers à développer des compétences comportementales et leurs attitudes relationnelles. "Nous sommes convaincus que ce sont ces aptitudes qui font la différence dans la relation client", souligne David Marchal. Il rappelle également que BPCE est "l'un des premiers groupes à avoir signé le 1er juillet 2025 avec les partenaires sociaux représentatifs un accord GEPP (gestion des emplois et parcours professionnels) avec un chapitre IA qui concerne l'évolution des métiers pour tous les collaborateurs".
Des approches différentes selon les acteurs
"Il n'y aura pas de destruction d'emplois chez nous", assure Céline Montelimard, directrice juridique conformité et sociale chez UTWIN, plateforme d'assurance 100% digitale née en 2015. La technologie "fait partie de notre ADN" et l'IA est utilisée "au quotidien", explique Amaury Monnier, directeur des systèmes informatiques.
Pour protéger les dossiers clients, notamment dans le domaine de la santé, l'entreprise s'appuie sur des IA internes sur-mesure et apprenantes. Des référents IA sont présents dans tous les services. "C'est toujours l'humain qui doit prendre le relais de la technologie pour accompagner le client", insiste Amaury Monnier.
Cette stratégie se veut à l'opposé de celle du concurrent Allianz Partners qui, selon des informations parues dans la presse allemande en novembre 2025, envisagerait de supprimer de 1 500 à 1 800 postes remplacés par l'IA au cours des douze à dix-huit prochains mois.



