« Je me tiens devant vous en homme libre » : c’est avec ces mots que le haut fonctionnaire Emmanuel Moulin, passé par de nombreux cabinets pendant les présidences de Nicolas Sarkozy et d’Emmanuel Macron et ancien directeur du Trésor, a tenté de convaincre les parlementaires de sa capacité à diriger la Banque de France en toute indépendance. Lors de son grand oral devant les commissions des finances du Sénat et de l’Assemblée nationale, il a plaidé pour sa nomination.
Un vote serré mais favorable
Après une matinée d’auditions, le résultat n’a pas été un plébiscite : 52 parlementaires ont voté pour et 58 contre. Cependant, l’avis est considéré comme favorable car les votes négatifs n’ont pas atteint les trois cinquièmes des suffrages exprimés. Ce résultat, bien que mitigé, n’a pas surpris les observateurs avertis.
Une nomination contestée
Depuis des semaines, la nomination d’Emmanuel Moulin faisait débat. Après l’annonce de la démission de François Villeroy de Galhau, gouverneur depuis 2015, parti présider la fondation des Apprentis d’Auteuil, le nom du secrétaire général de l’Élysée et ancien directeur de cabinet de Gabriel Attal et de Bruno Le Maire a circulé, tout comme celui de Benoît Cœuré. C’est finalement Emmanuel Moulin qui a été proposé par Emmanuel Macron.
Une opposition politique forte
À l’approche de la présidentielle de 2027, l’opposition accuse le président de verrouiller les institutions, après les nominations de Richard Ferrand au Conseil constitutionnel et d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes. Les Socialistes avaient annoncé leur vote contre avant même les auditions. Éric Coquerel, président LFI de la Commission des finances, a dénoncé un « cadenassage des institutions », estimant que même après le départ de Macron, ses fidèles dirigeront les principales institutions indépendantes.
Le rôle crucial du gouverneur
Le gouverneur de la Banque de France participe aux décisions de la Banque centrale européenne, notamment en matière de politique monétaire et de supervision bancaire. L’indépendance des banques centrales est devenue primordiale pour assurer la stabilité des prix.
L’expérience des crises
En 2015, la nomination de François Villeroy de Galhau avait également suscité des controverses en raison de son parcours dans le privé. Une lettre de 150 économistes, dont Thomas Piketty, avait contesté sa nomination. Mais il a su faire taire les critiques, au point d’être reconduit pour un second mandat. Emmanuel Moulin s’est appuyé sur cet exemple : « Ce n’est pas un point de départ l’indépendance, c’est une trajectoire. »
Le haut fonctionnaire a mis en avant son expérience des crises, des subprimes à l’inflation, en passant par la zone euro et le Covid. « Je suis un homme du service public depuis toujours et avant toute chose », a-t-il déclaré, soulignant ses 23 années dans le public sur une carrière de trente ans. Il a insisté sur les quatre qualités nécessaires pour le poste : une expérience riche en politique économique et stabilité financière, une indépendance sans faille, un talent de management, et un profil européen et international affirmé.



