Depuis un peu plus de deux ans, les élèves du lycée linguistique Aprosio de Vintimille disposent d’un espace pas tout à fait comme les autres. Dans La Petite bibliothèque, quelque 5 000 ouvrages en français les attendent. Romans, classiques, livres pour enfants, ouvrages scientifiques ou encore bandes dessinées : tout est prétexte à pratiquer la langue et, surtout, à se rapprocher de la France.
Un projet né de deux passions
À l’origine de cette initiative, Giulia Modena, professeure de français. Pour elle, le projet était presque une évidence dans un lycée situé à quelques kilomètres seulement de la frontière. « L’idée est née de deux passions : mon amour des livres et la position de notre lycée, dans un territoire de frontière, si proche de la France », raconte l’enseignante. Elle voulait faire de cette proximité géographique « une richesse, y compris sur le plan linguistique et culturel ».
Ainsi est née La Petite bibliothèque, pensée comme bien plus qu’un simple lieu où emprunter des livres. « Je voulais que le lycée puisse avoir un espace particulier, presque unique, qui permette aux élèves de vivre la langue française autrement », ajoute Giulia Modena.
Des soutiens multiples pour constituer les premières étagères
Pour constituer les premières étagères, le projet a pu compter sur de nombreux soutiens. Giulia Modena tient notamment à remercier « l’Alliance Française de Vintimille, qui a donné une partie de ses ouvrages, ainsi que la Société italienne des enseignants de français de Sanremo, l’Université de Gênes et son département de francophonie, la bibliothèque de L’Odyssée et le lycée Pierre-et-Marie-Curie de Menton ». Des particuliers ont également participé, tout comme l’enseignante elle-même. « Chacun a apporté sa petite contribution. Certains ont donné quelques livres, d’autres beaucoup plus. Mis bout à bout, tous ces morceaux ont permis d’arriver au résultat que nous avons aujourd’hui. »
Un lieu pour lire, mais aussi pour parler français
Sur les rayonnages, les élèves trouvent de quoi satisfaire tous les goûts. « Il y a vraiment un peu de tout : des romans, beaucoup de livres pour enfants et adolescents, des ouvrages pour apprendre le français, mais aussi des classiques étudiés dans le cadre de leur parcours scolaire. Nous avons également des livres scientifiques, sur l’art, des polars… » Et surtout, les livres ne restent pas enfermés dans les étagères. La bibliothèque a donné naissance à un club de lecture où les élèves se retrouvent après les cours pour discuter des ouvrages. Un podcast littéraire est également en préparation, avec des recommandations, des biographies d’auteurs et des curiosités autour des livres.
« Une langue s’apprend en la pratiquant et en acceptant tous les types d’input : écouter la radio, lire un journal, un livre… Chaque contact avec la langue fait progresser », explique l’enseignante. Au fil des mois, d’autres initiatives sont venues enrichir le projet : rencontres, activités avec des écoles primaires et conférences consacrées à l’histoire, à la culture ou aux sciences françaises. Ces rendez-vous sont d’ailleurs ouverts au public.
Un « petit monde construit ensemble »
Les élèves participent eux-mêmes à la vie de la bibliothèque. « Ils cataloguent les nouveaux ouvrages, réalisent les affiches des événements et contribuent à son fonctionnement. » Pour Giulia Modena, c’est peut-être là que se trouve la plus belle réussite du projet. « Nous avons toujours organisé les activités le vendredi après-midi. À un moment, l’école fermait et je me retrouvais avec des dizaines d’adolescents encore là. Je devais leur dire qu’il était temps de rentrer chez eux ! »
Certains élèves parlent désormais de La Petite bibliothèque comme d’un endroit « où ils se sentent chez eux ». Une phrase qui touche particulièrement l’enseignante. « Cela ne signifie peut-être pas que tout le monde est devenu un grand lecteur. Mais cela montre l’affection qu’ils ont pour ce petit monde que nous avons construit ensemble. »
Et ce monde pourrait bientôt s’ouvrir encore davantage vers la France. Le lycée recherche notamment de nouveaux donateurs à Menton. « Une petite donation peut devenir une occasion de rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles réalités. Nous aimerions aussi inviter des Français qui vivent dans la région ou des personnes qui ont étudié en France à venir raconter leur expérience aux élèves. » L’objectif est clair : faire entrer dans la bibliothèque « des voix venues de l’autre côté de la frontière », pour vivre le français et la culture française au-delà des livres.
« Au fond, une chose en entraîne une autre. L’un des plus beaux aspects du projet, c’est justement d’avoir créé un réseau de personnes qui se sont rencontrées grâce aux livres. » Pour faire don de livres ou soutenir le projet, il est possible de contacter la professeure Giulia Modena par e-mail à l’adresse prof-modena-giulia@liceoaprosio.it, ou de lui écrire directement sur Instagram, via le compte @petitebibliotheque_aprosio.



