Terminé, ou presque, les écussons normalisés sur les tireuses à bière des bars montpelliérains. Au milieu des mastodontes du secteur, les productions locales se sont désormais fait une place au comptoir, au terme d’un long processus entamé il y a une dizaine d’années autour de la bière artisanale. Sur ce secteur de la Craft Beer, comme disent les puristes, la France a construit un modèle à part.
« Dès 2013, on a vu s’ouvrir une multitude de petites brasseries indépendantes avec des volumes de production très limités, mais qui parvenaient à se maintenir économiquement, quand les autres pays européens structuraient des entreprises plus grosses. Le phénomène était visible sur tout le territoire, et notamment à Montpellier », se souvient Antoine Blain, président de l’association Bières d’Occitanie et à la tête de la brasserie Brewing Bears.
Une quinzaine de brasseries installées dans le secteur
Selon le dernier recensement du Projet Amertume, le pays compterait aujourd’hui plus de 2 600 structures de production, près de 250 en région Occitanie et une quinzaine à Montpellier et alentours. Ici, les pionniers s’appellent Le Détour (2015) ou Zoobrew (2017) à Montpellier, La Brasserie du Lez (2017) à Saint-Clément-de-Rivière ou La Malpolon (2018) à Lavérune.
« Montpellier illustre parfaitement le dynamisme du secteur, puisque le volume de bière artisanal produit localement a presque doublé en trois ans. Le marché continue de grossir, même si la crise met en difficulté le modèle économique des brasseries les plus petites. Depuis un an, on commence à se dire que l’on a quitté le développement tous azimuts pour entrer dans l’âge de raison. Avec la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, ce sont désormais les brasseries de taille moyenne qui résistent le mieux », analyse Antoine Blain.
Des stratégies variées pour gagner des parts de marché
Sur un secteur devenu très concurrentiel, à chacun sa technique pour gagner des parts de marché. Certains brasseurs se sont tournés vers la grande distribution, les bars et les restaurants. D’autres ont ouvert leur propre lieu de dégustation pour faire connaître leurs créations, ou sont passés au conditionnement en fût en complément de la vente au détail.
Et ça marche. Notamment sur Rémi, qui est devenu en quelques années un inconditionnel de la bière artisanale. « J’y trouve quelque chose de très similaire au vin, c’est-à-dire le plaisir de découvrir des goûts bien différents d’une bouteille à l’autre, puis de partager mes trouvailles avec des copains », confie le Montpelliérain, qui reconnaît cependant qu’un petit temps d’adaptation est nécessaire pour comprendre les subtilités lexicales. « La première fois que l’on m’a parlé de Pale Ale, de Stout ou de Lagers, j’étais un peu perdu. Depuis, j’ai appris à affiner mes goûts ! »
Ainsi, Montpellier reste une place forte des brasseries artisanales en France, avec une popularité croissante des productions locales. Cependant, la crise économique fragilise un écosystème très concurrentiel et oblige les brasseurs à s’adapter. L’explosion des microbrasseries semble laisser place à une période de maturation, où seules les structures les plus solides parviennent à prospérer.



