Mathieu Bock-Côté : un pessimiste joyeux au service de l'identité française
Mathieu Bock-Côté : un pessimiste joyeux pour l'identité française

Un parallèle avec Milan Kundera

Il y a du Milan Kundera chez Mathieu Bock-Côté. Les deux essayistes ont en commun d’avoir vécu dans leur chair, plus intensément que beaucoup d’autres, la singularité culturelle du peuple auquel ils appartiennent. Pour une raison simple : des confins où ils sont nés, leur identité historique n’a jamais cessé d’être attaquée et remise en question. Ravivant, dans leurs témoignages et leurs analyses, la flamme d’une identité que d’aucuns, en France, ont préféré laisser chevroter, la tenant pour acquise ou dépassée.

L'identité occidentale en résistance

L’attachement à l’identité occidentale de Kundera s’est forgé dans les années 1960, en Tchécoslovaquie, contre les tentatives de l’oppresseur soviétique de l’annihiler. Là résidait le secret de sa vigueur. À lire Le Pessimiste joyeux, publié fin avril chez Fayard, le plus allègre des chroniqueurs de CNews et du Figaro obéit, à bien des égards, à un même ressort. Sa déclaration d’amour à l’identité et à la culture française s’est enracinée au gré des coups de boutoir de « l’ogre anglo-saxon ». Celui qui, de l’autre côté de l’Atlantique, continue de vouloir diluer la spécificité du Québec. Cette enclave francophone aspirant à l’indépendance dont il est le fier rejeton.

La religion de l’amitié, les joies de la table et l’amour du débat

Montréal n’a rien du mur de Berlin, c’est entendu. Et le Canada n’est pas exactement l’URSS – point que conteste Bock-Côté. Il n’empêche. Au gré de la conversation sensible et enlevée conduite par le journaliste de Valeurs actuelles Laurent Dandrieu, l’essayiste se livre sur le fond de ses convictions – comme il en a l’habitude. Mais aussi et surtout, sur son for intérieur et la genèse de ses combats – ce dont il est moins coutumier. Sur la place prise, dans le legs paternel, par l’amour de la littérature et les éditoriaux de Louis Pauwels du Figaro Magazine. Les accents d’un certain discours du général de Gaulle pour que « Vive le Québec libre ». Et, déjà, l’hostilité à l’égard de la « société du nombril » libérale progressiste.

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Un observateur engagé né de la défaite

Si le référendum de 1995 pour l’indépendance du Québec avait été victorieux, Mathieu Bock-Côté serait « probablement devenu un prof d’université tranquille », selon ses propres mots. On en serait presque à se féliciter de la victoire sur le fil du non, qui aura suffi à l’arracher à l’enfance et le transmuer en cet observateur engagé que le public français, désormais, connaît. Le récit de son combat « d’antimoderne chez les modernes » outre-Atlantique est précieux en ce qu’il préfigure, pour tout un camp, celui qui doit dorénavant être mené en France.

Un combat pour préserver son identité

Un combat pour préserver son identité face au progressisme, « cette désincarnation qui se croit émancipation » et résister à ce que l’essayiste décrit depuis plusieurs années comme la radicalisation du « régime diversitaire ». Non sans se voir accusé de participer à la polarisation identitaire du débat public. « Il faut cesser de faire le benêt et de tendre l’autre joue à ceux qui rêvent à notre anéantissement, préfère balayer Mathieu Bock-Côté à ses nombreux contempteurs. Car la gauche ne voit pas la droite comme l’autre vision du monde avec laquelle il faut composer. Elle la fascise et se donne alors le droit de l’éradiquer. »

Un style plus qu'une méthode

Plus qu’une méthode, Mathieu Bock-Côté livre dans ce nouvel ouvrage un style. Celui du « pessimiste joyeux », donc. Pessimiste, parce que peu perméable aux utopies romantiques, le quadragénaire a appris de la chute de Rome qu’aucune identité n’est éternelle. Française, compris. Joyeux, parce qu’il n’a pas trouvé mieux que la religion de l’amitié, les joies de la table et l’amour du débat pour la faire le plus longtemps possible perdurer. Ses adversaires l’ignorent peut-être, mais en cela il l’a déjà emporté.

Le Pessimiste joyeux, de Laurent Dandrieu et Mathieu Bock-Côté (Fayard, 264 p., 21,90 €).

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