Vigne et bière : Walter Zecchel, 77 ans, ne rate jamais les vendanges
Walter Zecchel, 77 ans, vendangeur et ancien croque-mort

Depuis le 23 juillet, le Domaine de la Plaine, à Vic-la-Gardiole, a ouvert ses vendanges avec plusieurs semaines d'avance. Dans les rangs de vigne, un homme attire l'attention par sa régularité et son endurance : Walter Zecchel, 77 ans. Ancien croque-mort, il est devenu un pilier de l'équipe de vendangeurs. "Je n'ai mal nulle part et j'ai une santé de fer", déclare-t-il, tout en coupant les grappes sans relâche. Sa compagne Marilia le décrit avec humour : "Il n'arrête jamais. Il faudrait que je l'assomme pour qu'il reste tranquille."

Walter Zecchel n'a pourtant pas besoin de ce travail pour vivre. Il ne cherche pas à arrondir sa retraite. C'est la passion qui le pousse, comme celle qui l'amène à dévaler les pistes de ski en hiver. Les vendanges sont un rendez-vous incontournable depuis son enfance, et rien ne semble pouvoir l'en éloigner.

Une enfance au cœur des vignes du Bordelais

Né dans une famille d'ouvriers agricoles venus de Vénétie, en Italie, Walter Zecchel a grandi en Gironde, à Ruch, dans une dépendance du château du baron du Foussat. Dès l'aube, les enfants participaient aux menus travaux de la vigne : relevage, épamprage, désherbage manuel. "Puis on se lavait les mains dans les fossés avant d'aller à l'école", se remémore-t-il. Il avoue sans détour qu'il préférait la vigne à l'école. C'est là qu'il fait ses premières vendanges à sept ans, un souvenir qui ne l'a jamais quitté.

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À quatorze ans, il quitte l'école et part avec sa mère et l'un de ses frères pour Monbazillac, en Dordogne. Il est embauché comme ouvrier agricole au Château Poulvère, un domaine qui jouera un rôle central dans sa vie. six ans plus tard, un drame personnel lui ouvre une autre voie : la mort d'une voisine qu'il aide à porter en terre. "Je n'avais jamais vu de mort de ma vie. Je ne saurais pas expliquer ce qui s'est passé ce jour-là, mais cela m'a plu d'être là et utile. J'ai eu comme un déclic", raconte-t-il. Il en parle à sa future femme, dont une amie travaille aux pompes funèbres. Ainsi naît sa vocation pour un métier qu'il exercera pendant 37 ans à Bergerac.

De la mise en bière à la vigne

"C'est ainsi que je suis passé du vin à la mise en bière", plaisante Walter. Au sein des pompes funèbres de Bergerac, il occupe tous les postes : fossoyeur, garnisseur de cercueil, chauffeur, préparation des corps, avant de devenir chef d'équipe. Son métier le met en contact avec la mort, mais aussi avec l'histoire, puisqu'il a participé aux obsèques de personnalités comme François Mitterrand ou Roger Lanzac, l'animateur de "La piste aux étoiles".

Malgré la lourdeur de ces fonctions, Walter n'a jamais renoncé aux vendanges. Chaque été, il prenait ses congés pour rejoindre les vignes. "Pour moi, les vendanges, c'est un temps d'évasion. C'était ma bouffée d'oxygène, ma façon de refaire corps avec la vie, d'avoir des temps de rigolade car, dans mon métier, il fallait être bien dans sa tête pour résister face à la détresse de ceux qui ont perdu un proche", confie-t-il.

De Sète au Domaine de la Plaine

En 2005, Walter Zecchel prend sa retraite et s'installe à Sète. L'hyperactivité le démange. Quelques années plus tard, il fait halte au Domaine de la Plaine, à Vic-la-Gardiole, pour acheter du vin. Il propose ses services à la famille Sala, qui accepte volontiers. Depuis huit ans, il revient chaque été. Cette année, les vendanges ont démarré le 23 juillet, un record de précocité. Walter y participe avec la même énergie qu'à ses débuts, coupant grappe après grappe, sans jamais paraître fatigué. Son efficacité laisse les plus jeunes sur place.

Dans quelques semaines, il sera de retour au Château Poulvère, à Monbazillac, où il dirigera une équipe de huit vendangeurs pour récolter 100 hectares de vignes en deux ou trois semaines. Une équipe dont il sera le doyen, mais aussi l'un des plus rapides.

Quand s'arrêtera-t-il ?

Interrogé sur son avenir, Walter Zecchel fixe une limite : "Je me suis donné une limite d'âge. À 80 ans, j'arrête." Mais il ajoute, malicieux : "Je dis cela, mais peut-être que j'y retournerai encore après. Qui sait ?" Son entourage, qui le connaît bien, préfère ne pas faire de paris. Après tout, cet homme qui est passé des cercueils aux grappes a toujours su mêler ses deux passions.

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