Salon des Vignerons Indépendants : La Multiplication des Cuvées pour Séduire un Marché Fragmenté
Vignerons indépendants : multiplication des cuvées face au marché

Salon des Vignerons Indépendants : La Multiplication des Cuvées pour Séduire un Marché Fragmenté

Le Salon des vignerons indépendants, qui se tient ce week-end des 14 et 15 mars à Bordeaux, met en lumière une tendance majeure du secteur viticole. Face à un marché de plus en plus segmenté, les viticulteurs déploient des gammes élargies de produits pour répondre à des demandes diversifiées. Cette édition 2026 confirme que la multiplication des références est devenue une stratégie essentielle pour coller à l'évolution des consommateurs.

Une Gamme Élargie pour Répondre aux Attentes

Dans les allées du salon, chaque exploitation présente désormais une offre complète et variée de vins. Guillaume Réglat, responsable des vignobles Bernard-Réglat à Monprimblanc, entre Graves et Sauternes, illustre parfaitement cette approche. « Je suis à fond dans la multiplication des cuvées et je vais continuer », affirme-t-il. Il énumère ses productions : neuf vins rouges, un rosé, une bulle méthode traditionnelle de Bordeaux, deux blancs secs, un cadillac, un loupiac, et un sauternes décliné en trois niveaux de qualité. « On a toujours eu une gamme élargie, depuis très longtemps », précise-t-il.

Pour répondre aux demandes spécifiques, la maison Réglat va même lancer une cuvée rouge haut de gamme à plus de 110 euros la bouteille, réservée à seulement 300 exemplaires. « C'est un marché de niche. Quand on vend en direct, il faut faire des produits élitistes, aller chercher de la marge. Il y a deux ans, nous avons créé Héritage, une cuvée à 48 euros, elle s'est très bien vendue. La diversité permet de répondre à plusieurs demandes », explique Guillaume Réglat.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Innovation et Adaptation aux Nouvelles Générations

Dans la vallée du Rhône, à Valaurie dans la Drôme, le domaine de Rozel pousse cette logique encore plus loin. Matthieu Rozel, 22e génération à la tête de cette exploitation créée en 1464 et en bio depuis 2023, décrit une approche basée sur l'expérimentation. « On travaille les vins sur des projets, des styles spécifiques, on observe, on apprend, on innove », dit-il. Il note que les pétillants naturels sont dans la tendance, tandis que les vins d'entrée de gamme à petit prix correspondent à une génération qui consomme moins. « La jeune génération veut plus des vins d'expérience. Il faut changer ses habitudes de travail, se remettre en question ».

Le domaine de Rozel profite de la liberté offerte par l'AOC Grignan-les-Adhémar, une appellation peu connue. « On peut voir le manque de notoriété comme un frein ou un avantage. On est aussi touchés par la crise que les autres, mais on est plus résilients. On n'est pas attendus sur un niveau statutaire, on peut se lâcher, explorer, faire correspondre chaque vin avec son univers et sa personnalité », poursuit Matthieu Rozel. Il cite l'exemple de Glouglourico, un rouge léger qui plaît aux jeunes mais pas aux plus de 50 ans, montrant comment chaque vin trouve son public.

Les Défis de l'Innovation en Bordeaux

Cette souplesse est plus difficile à obtenir en Bordeaux, où les traditions sont ancrées. Jacques Rodet, du vignoble Rodet-Récapet-château Brûlesécaille en côte de Bourg, souligne ce paradoxe. « Il faut faire des vins modernes, fruités, légers, pétillants, sans alcool, mais ce que l'on voit dans les nombreux salons que nous faisons, c'est que la clientèle d'amateurs veut des vins classiques, le bordeaux classique de chez classique ! » révèle-t-il.

Malgré cela, son exploitation familiale propose une dizaine de vins différents et ne néglige pas l'innovation. « En 2019, on a créé Tauriacus, un vin élevé en amphores de terre cuite, cela donne des vins sans goût de bois, certains clients n'aiment pas le boisé. On a aussi créé un vin sans adjonction de soufre, car il y a des gens allergiques », ajoute Jacques Rodet. Pour lui, une gamme élargie « fait partie des solutions pour s'en sortir, segmenter l'offre est très important ». Il rappelle qu'en 1996, ils ont acheté une propriété à Saint-Émilion pour élargir leur gamme, et qu'ils ont commencé à planter des cépages pour le blanc sec en 2012.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le Salon des vignerons indépendants se poursuit jusqu'au 15 mars au Parc des expositions de Bordeaux, hall 3, de 10 à 18 heures, offrant aux visiteurs un aperçu de cette dynamique d'innovation et de diversification qui anime le secteur viticole français.