Les vautours dans les Pyrénées : entre mythe et réalité
Les « attaques » de vautours sur des animaux d’élevage traumatisent les éleveurs et frappent l’imaginaire collectif. Ces véritables raids de rapaces par dizaines – voire centaines – suscitent de nombreuses interrogations, que « Sud Ouest » a soumises au chef de l’Office français de la biodiversité (OFB) du 64, Xavier Horgassan.
Un changement de comportement des vautours ?
Des éleveurs pensent que les vautours ont changé de comportement ces dernières années, mettant davantage de pression sur les troupeaux. Qu’en est-il selon vous ? « Un grand nombre d’expertises vétérinaires et d’enregistrements financés par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) contredisent cette impression, explique Xavier Horgassan. L’ensemble des relevés permettent de dire qu’il n’y a pas de changement de comportement. En revanche, vu leur nombre, ils ont désormais une méthode d’observation du territoire beaucoup plus efficace. Alors, quand ils ont repéré un lieu où un animal est en difficulté, ils se regroupent en grand vol et s’y rendent. »
La période de mise bas attire-t-elle davantage les vautours ?
« Oui, on observe un pic au printemps. Mais ils ne s’en prennent pas à des bêtes en pleine santé. Dans 84 % des cas d’intervention ante mortem, il s’agit d’animaux vulnérables, gestants, avec un utérus rétroversé, ou un nouveau-né affaibli. Les vautours sont friands de placenta : on en a vu courir après des vaches qui venaient de vêler. Les autres cas portent sur des bêtes présentant des pathologies, des blessures, ou qui se retrouvent coincées dans un grillage par exemple, et restent immobiles. »
Y a-t-il plus de vautours qu’avant ?
« Oui. Actuellement, un peu plus de 1 500 couples de vautours fauves sont recensés dans les Pyrénées françaises, dont 1 200 dans le 64. L’espèce est protégée, et en danger au plan mondial, mais chez nous leur nombre augmente ces dernières années. »
Plus de vautours, donc moins de nourriture en montagne, d’où les « attaques » en plaine ?
« Non, ils ont à manger en montagne. Mais comme ils sont nombreux, ils ont un territoire d’observation beaucoup plus vaste, et ils ont toujours le souvenir d’une ancienne curée. Ils sont capables de détecter un élément de trente centimètres à cinq kilomètres ! Si les conditions permettent d’observer loin, vous pouvez avoir 10, 100, 300 vautours qui arrivent. Dans ce cas, tous ne pourront pas manger. Ce qui fait dire à des gens peu initiés sur l’espèce qu’ils sont agressifs, qu’ils attaquent. Parce qu’entre eux ils se battent. C’est la curée : un spectacle violent, impressionnant, ils poussent des cris particuliers, et dans l’inconscient ça fait penser à la mort. »
Comment signaler la présence de vautours autour d’animaux d’élevage ?
Le numéro à contacter en zone Parc national est le 05 62 54 16 79. Partout ailleurs, appeler les services de l’OFB au 05 59 98 25 77. Il faut éviter de déplacer le cadavre. Et le protéger avec des bâches calées à l’aide de pierres, pour qu’il ne soit plus à la vue des vautours. Sinon ils dévorent tout, et le constat n’est pas réalisable car il ne reste plus rien.



