À 21 ans, Théo Sorbier réalise son rêve en reprenant une ferme en Dordogne
À seulement 21 ans, Théo Sorbier a accompli un parcours remarquable en rachetant une partie de l'exploitation agricole de ses anciens patrons à Saint-Astier, en Dordogne. Cette opération complexe a été rendue possible grâce à un montage associatif innovant et l'accompagnement décisif de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) de Dordogne.
Une passion précoce pour l'agriculture
"Je suis né à Périgueux. Mes parents habitent à 800 mètres de la ferme. Toute mon enfance, j'ai vu passer les tracteurs. Je venais me promener à vélo, je les regardais travailler dans les terres. J'ai une passion pour l'agriculture depuis tout petit", raconte Théo Sorbier avec une sincérité touchante. Le jeune homme a suivi un cursus en apprentissage dès la troisième jusqu'à l'obtention de son BTS, effectuant toute sa scolarité pratique chez les Debregeas, les propriétaires historiques de la ferme.
En décembre 2025, ce jeune passionné est devenu patron de l'entreprise où il était précédemment employé. "Moi, j'avais envie d'acheter, mais cela me semblait impossible. Déjà parce que je n'avais pas les moyens et, à 21 ans, c'est dur de se lancer tout seul", confie-t-il.
Une ferme atypique et complexe
La ferme des Debregeas présentait des caractéristiques particulières qui rendaient sa transmission difficile :
- 173 hectares avec une capacité d'accueil de 450 vaches
- Plusieurs activités distinctes : exploitation et commercialisation de viande, production d'énergie (méthaniseur et panneaux photovoltaïques), et engraissement
- Une structure développée sur trente ans par quatre frères et un neveu
"Les candidats voulaient bien reprendre une partie, mais pas l'ensemble", témoigne Nelly Duprat, conseillère foncier à la Safer de Dordogne qui a suivi le dossier depuis le début. "C'est sur la partie bouchère que ça bloquait, et les propriétaires ne voulaient rien changer à ce qu'ils avaient mis trente ans à construire", précise Théo Sorbier.
La rencontre décisive avec Sébastien Lagrafeuil
Le tournant s'est produit il y a deux ans lorsque Sébastien Lagrafeuil, agriculteur de 48 ans en Corrèze, est venu acheter de la paille à la ferme. "On discute, ils me disent qu'ils cherchent un repreneur et que quelqu'un comme moi ferait l'affaire. J'ai répondu : 'Ce n'est pas à moi mais aux jeunes qui sont là qu'il faut vendre.' Puis je me suis tourné vers Théo : 'Si tu as envie de t'installer, on peut peut-être trouver des solutions.' Et c'est parti de là", raconte Sébastien Lagrafeuil.
Pour cet agriculteur expérimenté, l'objectif était clair : encourager la jeune génération à se lancer dans le métier. "J'aurais pu investir dans un appartement à la mer, mais je me dis que si nous, exploitants agricoles, quand nous avons la possibilité d'aider un jeune, nous ne le faisons pas, qui le fera ?"
Un montage associatif innovant
Aujourd'hui, la SCEA La Redondie appartient à quatre associés :
- Théo Sorbier, qui travaille quotidiennement sur l'exploitation et détient 10% de chaque société
- Sébastien Lagrafeuil
- Jean-Baptiste Marty
- Julien Nanty
"On est là pour l'aider sur les questions administratives, fiscales ou juridiques", précise Sébastien Lagrafeuil. Ce montage sert de marchepied à Théo Sorbier : "Dès que les banques pourront le suivre, Théo nous rachètera progressivement nos parts".
Le rôle crucial de la Safer
Nelly Duprat, conseillère à la Safer de Dordogne, a joué un rôle essentiel dans cette transaction complexe. "Mon rôle a été d'encadrer, de sécuriser la vente et de préparer la promesse de vente pour le notaire", explique-t-elle. La Safer a agi comme interlocutrice unique entre les cinq cédants et les plusieurs repreneurs.
L'avantage de passer par une Safer est multiple :
- Délivrance de l'autorisation préalable d'exploiter (sous tutelle du ministère de l'Agriculture)
- Contrôle des prix pour éviter la spéculation (sous tutelle du ministère des Finances)
- Accompagnement qui va au-delà de la simple transaction
Un enjeu géopolitique et alimentaire
Stéphanie Gressier, directrice départementale de la Safer en Dordogne, souligne l'importance stratégique de telles régulations : "Dans les pays d'Europe où il n'y a pas de régulation du prix du foncier agricole ni de droit de regard, les terres ne sont même plus achetées par des agriculteurs, c'est dangereux parce que c'est notre alimentation. Surtout en ce moment, avec les velléités impérialistes de l'Ouest et de l'Est. L'enjeu est géopolitique".
L'exploitation de Théo Sorbier et de ses associés s'étend désormais sur 173 hectares et compte actuellement 277 animaux, avec une capacité d'accueil de 450 têtes. Cette belle histoire d'installation agricole illustre les défis contemporains du secteur : "Le problème aujourd'hui, c'est que les capitaux dans l'agriculture sont si importants qu'il n'y a pas cette possibilité d'ascenseur social sans un coup de main", analyse Sébastien Lagrafeuil.
Sébastien Lagrafeuil espère que leur expérience inspirera d'autres initiatives similaires, démontrant qu'avec de la solidarité intergénérationnelle et un accompagnement institutionnel adapté, l'installation des jeunes agriculteurs reste possible malgré les obstacles financiers.



