Sécheresse printanière : l'ouest de la France face à un déficit pluviométrique alarmant
Sécheresse : l'ouest de la France en alerte

Après des inondations records en début d’année, le manque de précipitations printanières fragilise les cultures et les élevages dans l’ouest du pays. En moins de deux mois, des champs noyés sous des crues record ont laissé place à des sols secs. Dans l’ouest de la France, certains agriculteurs craignent d’être de nouveau frappés par les effets du dérèglement climatique.

Un éleveur laitier témoigne

René Pouëssel, éleveur laitier bio, déplore le manque de pluie sur son exploitation à Bain-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. L’orge de printemps destiné à nourrir ses bêtes l’hiver prochain « ne pousse pas vraiment », dit-il en montrant les plants éparses entre des mottes de terre sèche. Le petit ruisseau qui serpente sur ses terres avait inondé les champs adjacents en début d’année. En avril, il est déjà redescendu à son niveau habituel « de mi-juin », poursuit René Pouëssel, contraint de s’adapter aux brusques changements de la météo.

Après une année 2025 déjà marquée par des inondations suivies d’un printemps sec, l’éleveur a dû prendre ses précautions et commander 40 ballots d’herbe enrubannée. « C’est préoccupant, mais pas alarmant » si la pluie revient bientôt, mais si « mai et juin sont secs, ça va tirer », s’inquiète-t-il.

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Un déficit pluviométrique marqué

Le mois de février a été marqué par un record de pluie et des crues exceptionnelles dans l’ouest de la France, selon Météo-France. En revanche, « mars a été déficitaire » en précipitations et « avril s’annonce très déficitaire » avec des pluies inférieures de « quasiment 60 % » par rapport à la normale en Bretagne, dans les Pays-de-la-Loire et la Basse-Normandie, précise Christine Berne, climatologue de Météo-France.

Julien Hamon, de la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, maraîcher dans le Morbihan, scrute aussi le ciel. « Il n’y a pas de pluie annoncée sur les 15 prochains jours » et cela s’ajoute à « des vents de nord-nord-est qui sont asséchants », déplore-t-il. « Il faut irriguer » les légumes de printemps, ce qui représente une surcharge de travail.

Il dispose certes d’une petite retenue d’eau. Mais « si je commence déjà à taper sérieusement dans mon bassin mi-avril, qu’est-ce que ça va être cet été ? », s’interroge-t-il. La Bretagne est mal pourvue en nappes phréatiques, contrairement à d’autres régions, où les pluies hivernales abondantes ont permis de constituer des réserves.

Quelles conséquences sur les cultures ?

Ces changements brusques de météo peuvent avoir plusieurs impacts sur les cultures, explique Sylvain Pellerin, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). « Si on enchaîne sols gorgés d’eau, puis d’un seul coup sécheresse, ça va être préjudiciable aux plantes parce qu’elles ont un enracinement peu développé », détaille-t-il en évoquant des cultures céréalières comme le blé.

Concernant les pâtures, essentielles pour les élevages de vaches ou de moutons en extérieur, « on va avoir un contraste plus important entre une production d’herbe plutôt favorisée en sortie d’hiver et, pendant l’été, un paillasson, une herbe sèche », poursuit Sylvain Pellerin. « Ce contraste saisonnier entre un hiver plutôt pluvieux et puis un printemps sec, c’est bien ce que nous prédisent les modèles climatiques, on risque malheureusement d’aller de plus en plus vers ça », avertit-il.

La délicate gestion de l’eau

Face au dérèglement climatique, la FNSEA, premier syndicat agricole français, et le lobby des grandes cultures irriguées, plaident pour multiplier les retenues d’eau. Le gouvernement a déjà facilité via la loi Duplomb la construction de « méga-bassines », vastes réserves constituées à partir de l’eau puisée dans les nappes phréatiques ou les rivières, et veut continuer avec le projet de loi d’urgence agricole.

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« Le stockage de l’eau semble assez logique compte tenu de l’évolution climatique », mais « sans aller vers du gigantisme », estime Sylvain Pellerin. Il doit s’accompagner d'« une évolution de l’agriculture vers des systèmes un peu plus vertueux, c’est-à-dire un peu plus économes en ressources ». Pour Julien Hamon, défenseur d’une agriculture paysanne et respectueuse de l’environnement, le stockage d’eau s’entend « pour des projets vivriers, du maraîchage, des petits fruits. En revanche, on peut s’interroger quand c’est pour irriguer du maïs, surtout quand ça part à l’export ».