À Sault, la lavande se récolte encore à la faucille
À Sault, la lavande se récolte encore à la faucille

À Sault, dans le Vaucluse, la lavande est encore récoltée à la faucille, une pratique ancestrale qui se raréfie. Sur les hauteurs du plateau d'Albion, à 800 mètres d'altitude, les champs de lavande fine (Lavandula angustifolia) s'étendent à perte de vue. Ici, quelques producteurs perpétuent un savoir-faire transmis de génération en génération.

Une récolte manuelle pour une qualité supérieure

La récolte à la faucille, effectuée en juillet et août, demande une main-d'œuvre nombreuse et expérimentée. Chaque tige est coupée à la main, ce qui permet de sélectionner les meilleurs épis et de préserver la plante pour les années suivantes. Selon Jean-Pierre, producteur local, cette méthode garantit une huile essentielle de meilleure qualité, plus riche en esters et en linalol, les composés aromatiques recherchés.

Environ 80 % de la lavande française est aujourd'hui récoltée mécaniquement, mais à Sault, une dizaine d'exploitations familiales continuent la tradition manuelle. La production annuelle de lavande fine dans la région est d'environ 20 tonnes d'huile essentielle, dont une part significative provient de ces récoltes artisanales.

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Un enjeu économique et écologique

La récolte à la faucille a aussi un impact écologique positif. Elle évite le compactage des sols par les machines et préserve la biodiversité des insectes pollinisateurs. Cependant, cette méthode est plus coûteuse et moins productive. Un ouvrier expérimenté peut récolter environ 100 kg de lavande par jour, contre plusieurs tonnes pour une machine. Le prix de l'huile essentielle de lavande fine artisanale peut atteindre 150 euros le litre, soit le double du prix industriel.

Malgré les défis, la demande pour cette lavande de qualité reste forte, notamment auprès des parfumeurs de Grasse et des laboratoires cosmétiques. La coopérative locale, qui regroupe 120 producteurs, valorise cette spécificité. "Notre lavande est reconnue pour sa finesse et son parfum unique", explique Marie, responsable de la coopérative.

Un patrimoine à préserver

La récolte à la faucille fait partie du patrimoine culturel de Sault. Chaque année, la fête de la lavande, en août, attire des milliers de visiteurs venus assister à des démonstrations. Mais la transmission du savoir-faire est menacée. Les jeunes générations sont peu attirées par un travail physique et saisonnier. Pour y remédier, des formations sont organisées par la chambre d'agriculture du Vaucluse.

Selon un rapport de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), la lavande fine de Sault bénéficie d'une indication géographique protégée (IGP) depuis 2014. Cette reconnaissance officielle aide à soutenir les producteurs et à préserver les méthodes traditionnelles.

Un avenir incertain

Le changement climatique pose une nouvelle menace. Les sécheresses et les canicules réduisent les rendements et fragilisent les plants. En 2022, la production d'huile essentielle de lavande fine en France a chuté de 30 % par rapport à la moyenne. Les producteurs de Sault s'adaptent en diversifiant leurs cultures et en adoptant des techniques d'irrigation plus efficaces.

Malgré ces difficultés, la récolte à la faucille reste un symbole fort pour la région. "C'est notre identité, notre fierté", conclut Jean-Pierre. Un savoir-faire que les habitants de Sault espèrent transmettre encore longtemps.

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