Une édition historique en demi-teinte pour le Salon de l'Agriculture
La 62e édition du Salon International de l'Agriculture, qui s'est tenue du 21 février au 1er mars 2025, a connu une baisse spectaculaire de sa fréquentation, plombée par l'absence des bovins et le contexte de crise agricole profonde qui secoue le secteur. Selon les chiffres officiels communiqués par l'organisation, l'événement a accueilli 437.402 visiteurs, soit une chute vertigineuse de 27,9% par rapport à l'édition précédente qui avait attiré 607.000 personnes.
Une fréquentation en berne tout au long de la semaine
Dès les quatre premiers jours, la fréquentation affichait déjà un recul d'environ 25%. Les allées sont restées particulièrement clairsemées pendant la majeure partie de la semaine, ne retrouvant une affluence plus traditionnelle que lors du dernier samedi, où les trois étages de halls gastronomiques régionaux ont été envahis par des familles, des seniors et de nombreux jeunes visiteurs.
L'absence des bovins, interdits cette année en raison d'une dermatose contagieuse, a particulièrement marqué cette édition. Cette absence s'ajoute à celle des volailles, exclues depuis 2019 à cause de la grippe aviaire. « Ça a été un salon qui n'était pas comme les autres. L'absence des bovins a beaucoup marqué. Quand il manque quelqu'un dans la famille, ce n'est pas comme d'habitude. Et ça s'est vraiment ressenti », a reconnu Jérôme Despey, président du salon, auprès de l'AFP.
La crise agricole au cœur des préoccupations
Alors que l'agriculture française traverse une crise profonde de revenus et voit son excédent commercial se réduire, les responsables politiques se sont succédé sur le salon. Le président Emmanuel Macron est resté douze heures lors du premier jour, tandis que la ministre de l'Agriculture Annie Genevard (LR) a appelé à relancer « production, réindustrialisation, compétitivité ».
La ministre s'est interrogée sur l'avenir des petites exploitations familiales face à la concurrence européenne : « Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, peuvent-elles toujours tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes ? »
L'agriculture biologique en recul historique
Dans un contexte déjà difficile, l'Agence Bio a révélé des chiffres alarmants pendant le salon : pour la première fois, le nombre de producteurs engagés en agriculture biologique a baissé en 2025. On compte désormais 61.490 fermes bio, soit une diminution de 0,6%, les nouveaux arrivants ne compensant pas les départs.
Cette baisse intervient paradoxalement alors que la demande des consommateurs, après avoir chuté en 2022, confirme sa reprise depuis 2024, y compris en grande distribution. Cette situation pourrait poser à terme des problèmes d'approvisionnement pour les produits biologiques.
Les tensions européennes s'invitent au salon
Le commissaire européen à l'Agriculture, Christophe Hansen, a passé une journée entière au salon pour rencontrer syndicats, filières et élus, alors que la nouvelle architecture de la PAC proposée par Bruxelles pour 2028-2034 suscite de vives critiques en France.
Le commissaire est venu avec deux annonces majeures : 40 millions d'euros pour aider la filière viticole à distiller ses surproductions, et une suspension d'un an des droits de douane sur les engrais importés. Cependant, la semaine s'est terminée par une mauvaise surprise avec la décision de Bruxelles d'appliquer provisoirement l'accord de libre-échange UE-Mercosur sans attendre l'avis de la Cour de justice de l'UE.
Des perspectives contrastées pour l'avenir
Face à cette édition difficile, le président du salon Jérôme Despey assure que l'année prochaine sera « différente » avec un événement qui reviendra « plus fort ». Le gouvernement a quant à lui promis une « loi d'urgence agricole » répondant notamment aux demandes de la FNSEA concernant les moyens de production.
Parallèlement, le collectif d'ONG Nourrir et la Confédération paysanne ont dévoilé une proposition de loi alternative visant à soutenir à la fois la protection de l'environnement et le revenu des agriculteurs, montrant les profondes divergences qui traversent le monde agricole français.



