Alors que les vagues de chaleur et la sécheresse s'intensifient, la loi d'urgence agricole, actuellement examinée à l'Assemblée nationale, prévoit de faciliter les démarches administratives pour la création de bassins de rétention d'eau destinés aux agriculteurs. Ces retenues, qu'elles soient hivernales ou collinaires, sont perçues comme une solution face au dérèglement climatique, mais leur impact environnemental est vivement critiqué par les opposants.
Des projets dans toute la région
Dans l'ex-Languedoc-Roussillon, plusieurs projets de retenues d'eau sont en cours ou à l'étude. Dans l'Hérault, deux retenues hivernales de 800 000 m³ chacune, à Florensac et Pouzols, portées par le Département, ont été validées. Yvon Pellet, vice-président du Département délégué à l'économie agricole et à l'aménagement rural, insiste : "Ne parlez surtout pas de mégabassines mais de retenues hivernales". Il précise que l'eau sera captée du Bas-Rhône lorsque son débit est important, sans pomper les nappes phréatiques ni détourner un cours d'eau.
Dans les Pyrénées-Orientales, près de Thuir, un projet de retenue collinaire d'eau de ruissellement est à l'étude pour irriguer 350 hectares de vignobles. Un autre projet, autorisé en octobre 2025 par la préfecture, porté par la commune des Angles, prévoit une retenue de 3 ha et 113 000 m³ au Roc d'Aude pour sécuriser la production de neige de culture et garantir la ressource pour les éleveurs. Ce projet cristallise les oppositions : "L'usage principal, l'alimentation de canons à neige, pose question et en cas de rupture de digue, il y aura un risque pour les pistes et certaines habitations", dénonce Simon Popy, président de France Nature Environnement Occitanie.
Les craintes environnementales
Dans le Gard, à Rochegude, un projet de retenue hivernale dans le cours de la Cèze (220 000 m³) lancé par une ASA d'agriculteurs provoque une levée de boucliers du collectif "Eaux à gué". Les opposants s'inquiètent de cette logique de prélèvement alors que le débit de la Cèze devrait diminuer de 40 % d'ici 2040. Ils craignent que ces retenues accélèrent la raréfaction de la ressource au profit d'usages parfois contestables, comme la production de semences de tournesol vendues à l'étranger.
Les projets portés par des collectivités locales peinent souvent à être financés et sont longs à se concrétiser. Quant aux mesures de simplification votées dans le cadre de la loi agricole, Yvon Pellet reste prudent : "J'attends de voir. Il y a souvent un décalage entre le vote de la loi et les décrets d'application. Les réunions publiques sont nécessaires, on ne peut pas passer en force."



