Le gouvernement a présenté mercredi un plan global d'accompagnement pour soutenir les agriculteurs français confrontés aux canicules, à la sécheresse et aux incendies. Ce dispositif comprend des aides financières, des dérogations administratives et des mesures pour la gestion de l'eau. Selon le ministère de l'Agriculture, 98 départements sont touchés par la sécheresse, dont 57 en situation de crise. Les pertes agricoles sont considérables, notamment en Bretagne.
Un plan en trois volets pour répondre à l'urgence
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a annoncé dans un communiqué un "plan global d'accompagnement canicule – sécheresse – incendies" afin qu'aucun agriculteur ne soit "laissé seul face à cette situation". Le ministère précise que ce plan comportera des mesures d'urgence en faveur de la trésorerie des exploitations, des prises en charge de cotisations sociales, des dispositifs de simplification et de dérogation, ainsi que des mesures destinées à faciliter la remise en production des exploitations les plus durement touchées.
Sur le terrain, le ministère souhaite également "adapter les mesures de gestion de l'eau dans le respect du cadre fixé par le guide sécheresse et l'instruction interministérielle de 2023" afin de "concilier la préservation de la ressource en eau avec la continuité des productions agricoles". Cette adaptation se fera au cas par cas, en fonction des situations locales.
Un été catastrophique pour les productions
Depuis fin juin, les agriculteurs subissent des vagues de chaleur successives qui s'ajoutent à un manque d'eau chronique. Les conséquences sont lourdes : des millions de volailles sont mortes étouffées, les prairies sont grillées et les vaches produisent moins de lait. La production de maïs devrait être historiquement basse, tandis que la récolte de blé, déjà terminée, devrait baisser d'au moins 4 %. Les fruits et légumes souffrent particulièrement, surtout en Bretagne, une région maraîchère peu habituée au manque d'eau qui ruine les cultures non irriguées.
Fin juillet, la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, avait appelé les exploitants à ne pas respecter les restrictions d'eau, galvanisée par l'adoption de la loi d'urgence agricole qui prévoit notamment d'augmenter le stockage d'eau pour l'agriculture. La ministre avait alors répondu dans Ouest France : "Ce n'est pas possible".
Une cellule nationale sécheresse activée
Les syndicats agricoles et interprofessions ont lancé l'alerte à plusieurs reprises ces dernières semaines, lors de réunions régulières au ministère et au niveau des régions, avec les professionnels, les banques, les assureurs privés et la Mutualité sociale agricole (MSA). Une cellule nationale sécheresse est activée au ministère de l'Agriculture. La ministre a demandé à chaque préfet "de désigner un référent sécheresse et de mettre en place, sans délai, une cellule départementale" afin d'établir "un diagnostic précis". Les aides du plan, "en cours de préparation", seront calibrées "sur la base notamment des remontées d'informations" des cellules au niveau des préfectures.
Les syndicats agricoles entre attentes et critiques
La FNSEA, syndicat agricole dominant, a demandé début juillet un plan de soutien exceptionnel et l'inscription d'une enveloppe de crise dans le budget 2027. La Coordination rurale a également appelé à une suspension des contrôles administratifs dans les fermes, au versement anticipé des aides européennes et à une "dérogation pour l'agriculture française concernant les réglementations françaises et européennes contraignantes".
La Confédération paysanne, troisième syndicat, a prévenu mardi dans une lettre ouverte à la ministre : "Cette crise intervient dans un contexte où l'inquiétude quant à l'avenir de nos fermes est profonde. Les braises de la colère agricole qui se sont exprimées ces derniers mois ne sont pas éteintes." Elle prône une "bifurcation agroécologique indispensable" et a appelé, aux côtés d'ONG, le Conseil constitutionnel à censurer la loi d'urgence agricole, adoptée fin juillet et attendue par les deux autres syndicats.
Des assouplissements demandés à l'Europe
Des premières mesures avaient été annoncées par le gouvernement pour faciliter le versement d'acomptes par les assureurs ou faucher les jachères. La ministre a aussi annoncé mercredi avoir saisi la Commission européenne pour que la politique agricole commune (PAC) fasse "preuve de pragmatisme". De nombreuses aides européennes sont conditionnées à des exigences comme des obligations de couverture minimale des sols ou de rotations des cultures. La ministre souhaite un assouplissement pour permettre aux agriculteurs de toucher leurs subventions quand les conditions climatiques les ont contraints à ne pas respecter ces exigences.



