La mégabassine de Sainte-Soline paralysée par des blocages multiples
Un grand trou vide au milieu de champs inondés. Cette image résume toute l'absurdité de la situation à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres, où la mégabassine mise en service en 2024 est devenue inutilisable. La cour administrative d'appel de Bordeaux a jugé le 18 décembre 2024 que cette réserve géante menaçait la survie d'une espèce d'oiseau protégée, l'outarde canepetière, tout comme trois autres réserves du secteur.
Un problème administratif selon la Coopérative de l'eau
Pour Thierry Boudaud, président de la Coopérative de l'eau qui porte les projets de réserves dans l'ex-Poitou-Charentes, il s'agit avant tout d'un problème administratif. « La cour d'appel a demandé qu'il y ait une demande de dérogation d'espèces protégées, un complément d'information », précise-t-il. « C'est un dossier assez long, il faut saisir un bureau d'études. Tout ça est en cours. »
Thierry Boudaud espère que le remplissage de la réserve de Sainte-Soline, d'une capacité de 627 800 mètres cubes, pourra reprendre à l'automne 2026. Cette bassine doit compléter un dispositif qui comprend déjà des réserves opérationnelles sur le bassin Sèvre Niortaise et du Marais poitevin, à Mauzé-sur-le-Mignon (242 000 m³), Épannes (230 000 m³) et Priaires (160 540 m³).
Les agriculteurs réclament des solutions urgentes
Denis Mousseau, président de la Chambre d'agriculture de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres, a formulé le même vœu vendredi 13 mars. Quatre des huit motions votées lors de l'une de ses deux sessions annuelles ont porté sur le stockage de l'eau :
- Le préjudice lié à l'inutilisation de la réserve de Sainte-Soline
- L'urgence d'un volume d'irrigation adapté dans le Marais poitevin
- La nécessité d'un consensus sur le stockage de l'eau
- La révision du SDAGE 2028-2033
Denis Mousseau a également exprimé le souhait de voir l'État indemniser les 11 irrigants raccordés à la bassine de Sainte-Soline, estimant la compensation financière à hauteur de 400 000 euros.
Un été au sec pour les agriculteurs ?
« Il faut savoir qu'à la mise en route de la retenue, rappelle Thierry Boudaud, les forages qui étaient utilisés par ces agriculteurs pour prélever l'été ont été fermés, conformément à la réglementation. Il n'y a pas de retour en arrière possible. »
Arthur Perrault, à la tête d'une exploitation de 170 hectares et d'un troupeau de 220 chèvres, a témoigné dans la presse des Deux-Sèvres de son inquiétude pour les prochains mois. Le collectif d'opposants Bassines non merci a répondu en affirmant qu'il « dispose aujourd'hui de deux forages toujours actifs pour alimenter son exploitation l'été ».
« Bassines non merci est toujours aussi bienveillant, surtout quand on est dans la plus grande difficulté », ironise Thierry Boudaud, tout en reconnaissant qu'Arthur Perrault dispose effectivement d'un point de prélèvement d'eau, « qui va lui permettre de sauver une partie de sa production de fourrage ».
L'explosion des coûts et les blocages juridiques
Le président assure que les solutions d'irrigation alternatives sont « faibles ». D'autant que le projet global des 16 bassines en Deux-Sèvres, Vienne et Charente-Maritime est au point mort. L'autorisation pluriannuelle de prélèvement d'eau, accordée par plusieurs préfets pour l'irrigation agricole dans le bassin-versant du Marais poitevin, est encore contestée.
Mais les ambitions sont surtout plombées par l'explosion des coûts de construction. « Ils ont gagné », confiait récemment le président de la Coordination rurale des Deux-Sèvres, en parlant des opposants.
Un point de blocage datant de 2022
Thierry Boudaud préfère parler d'un « point de blocage », qui date selon lui de 2022 avec le déclenchement de la guerre en Ukraine et l'inflation qui a suivi, avant la hausse des coûts de l'énergie et des taux d'intérêt. Il ajoute à cela les investissements au niveau de la sécurité, rendus nécessaires par les « violences et les volontés de dégradations très fortes » de la part des opposants.
« Ceux qui se réjouissent aujourd'hui de nos difficultés sont les mêmes qui ont fait augmenter les coûts », pointe le président. Ainsi la Coop de l'eau est-elle contrainte de donner des garanties et une « transparence totale » sur les coûts pour rassurer les irrigants partenaires des projets, lesquels sont confrontés en plus à la crise agricole.
Peu de perspectives pour 2026
Malgré la détermination affichée par le préfet des Deux-Sèvres Simon Fetet, qui a annoncé en décembre dernier vouloir « accélérer » la construction d'autres bassines, et malgré la proposition – non aboutie – de la présidente du Conseil départemental Coralie Dénoues de s'engager dans la réalisation des projets, il est « peu probable » qu'un autre chantier soit lancé en 2026. « Pas à n'importe quel prix », souligne Thierry Boudaud.
Les autres projets en Charente-Maritime
Une bassine peut en cacher une autre. Après avoir vu son projet dans la vallée du Curé invalidé par la justice administrative en 2023, le syndicat des réserves de substitution de la Charente-Maritime (Syres 17) a obtenu en avril 2025 le feu vert pour un autre projet dans la vallée de la Boutonne.
Une première tranche porte sur six réserves, plus une septième qui sera rénovée, qui permettront à 22 exploitations de disposer d'un stock de 1,6 million de mètres cubes, pour un coût estimé à 20,6 millions. Le premier chantier est prévu en 2027 à Saint-Félix, pour une mise en service en 2029.
Reste que l'Agence de l'eau Adour-Garonne conditionne son financement (jusqu'à 70 %) aux « engagements environnementaux » des irrigants. Par ailleurs, l'association Nature Environnement 17, qui avait attaqué le projet, avertit qu'elle pourrait relancer un contentieux sur les modalités de l'autorisation environnementale en cas de « mauvaise gestion de l'eau et/ou des impacts sur les milieux ».
Quant aux cinq réserves de substitution construites à Cram-Chaban, La Laigne et La Grève-sur-Mignon par l'Association syndicale autorisée d'irrigation (ASAI) des Roches, les neuf céréaliers qui en bénéficiaient ont été condamnés en juillet 2025 par le tribunal correctionnel de La Rochelle à verser, entre autres amendes, la somme de 400 000 euros au titre de la réparation du préjudice écologique. La date d'audiencement de l'appel n'est pas encore connue.



