Quatre élèves du lycée Jean-Moulin à Béziers, âgés de 16 à 17 ans, sont devenus le visage de la lutte lycéenne locale. Fayrouz, Ryane, Mehdy et Jordan, qui font partie des 3002 élèves de l'établissement, ont été happés par les événements du lundi 5 octobre, entre bousculades face aux CRS et rencontre en mairie avec le maire Robert Ménard et le sous-préfet Jacques Lucbéreilh.
Des lycéens volontaires pour porter la parole
« On s'est porté volontaire pour porter nos causes. C'était important de montrer qu'on n'est pas des casseurs », expliquent-ils, quelques jours après le tumulte. Ils tiennent à distinguer leur mouvement, « largement pacifique », des incidents survenus en marge du blocus. « La majorité des casseurs sont déscolarisés ou pas de notre lycée, on ne les connaît pas », précisent-ils, encore marqués par l'usage de gaz et les poussées vers les écoles primaires voisines.
Des conditions d'étude jugées inacceptables
Leur message est clair : les conditions d'étude ne sont plus acceptables. Fayrouz, en Première générale, évoque « les futures générations », car « dans une année, je vais partir ». Avec ses camarades, elle pointe des journées de 8 h à 18 h avec une heure de pause, des bâtiments insalubres, l'absence de lavabo, un chauffage défaillant, un manque d'isolation, la hausse du tarif de la cantine (de 4,10 € à 4,60 €) et des classes à 36 élèves : « Le prof n'a pas de temps pour nous. »
Ils reconnaissent toutefois des avancées : « Le lycée fait des efforts, il nous a écoutés. Il va par exemple enlever le classement sur le bulletin pour que ça ne pénalise pas notre dossier sur Parcoursup. Ils vont aussi rallonger l'horaire du téléphone à l'internat, le soir. » Ils mentionnent aussi des rendez-vous pris avec une société pour traiter des problèmes de moisissures à l'internat, et trois réunions depuis le blocus.
Un problème de moyens et de budget
Les lycéens identifient l'origine des difficultés : « C'est le budget, les moyens, ça nous pénalise. On est le plus gros lycée d'Occitanie (en nombre d'élèves, NDLR) et le budget ne suit pas. On est vraiment délaissé. La Région ne bouge pas. » Un porte-parole de la collectivité « est venu écouter nos revendications et va les transmettre à la présidente de Région ». Mais ils préviennent : « Ils savent que la jeunesse ne va pas s'arrêter, on est déterminé, on pense aux futures générations. »
Au sein de l'établissement, un temps de démocratie a été mis en œuvre avec les délégués, et un cahier de doléances doit être remis au ministre. « Mais nous, on attend des actions, il faut que ça change », insistent-ils.
Un engagement sans étiquette politique
Interrogés sur la dimension politique de leur engagement, ils répondent : « Nous, on ne fait pas de politique. On est tous réunis, on a tous les mêmes revendications, on se respecte entre nous, la politique n'a aucun lien… » Pour trois d'entre eux, c'est une première mobilisation, mais Fayrouz avait déjà manifesté à son collège de La Dullague après le suicide du jeune Is'Hak en 2025, pour dénoncer du harcèlement.
Leurs projets d'avenir diffèrent : Fayrouz vise la magistrature ou le droit, Ryane des études en sciences politiques ou en droit pour « travailler dans les institutions », Jordan se voit acteur avec ses cinq ans de théâtre, et Mehdy espère devenir « serveur dans un restaurant gastronomique » après son Bac pro hôtellerie. Tous se veulent positifs : « On sent que les choses commencent à changer », estime Jordan. Mais si les avancées ne sont pas à la hauteur à la rentrée, ils assurent qu'ils se mobiliseront à nouveau : « La démocratie, ce n'est pas uniquement donner la parole, ce doit être suivi d'effets. »