Lozère : les agriculteurs privés d'irrigation craignent pour leurs récoltes
Lozère : agriculteurs privés d'irrigation craignent pour leurs récoltes

En Lozère, la sécheresse exceptionnelle contraint les agriculteurs à cesser d'irriguer leurs cultures depuis le 7 août 2026. Cette restriction, qui touche près de trois quarts du département, menace directement les productions, notamment le maïs et la luzerne, et pourrait entraîner des pertes allant jusqu'à 25 % pour certaines exploitations.

Une situation critique pour les cultures de maïs

Thierry Palmier, éleveur à Esclanèdes, constate les dégâts dans ses coteaux de maïs : les grains manquent dans les épis. « Nous sommes à la période critique de la formation du grain. Il ne me manquait plus qu'une semaine d'irrigation pour terminer mon produit. Maintenant, avec les restrictions, c'est comme si je jetais toute l'eau qui m'avait servi pendant l'été », regrette-t-il. Il estime qu'il perdra environ 25 % de sa production sur cette parcelle.

Cette perte l'obligera à acheter du foin pour nourrir ses bêtes cet hiver. « C'est aussi une question de souveraineté alimentaire et d'autonomie. On n'irrigue pas par plaisir, cela demande du travail et de l'argent mais on est obligés si on veut maintenir nos stocks sans toucher à la trésorerie », explique-t-il.

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Les éleveurs AOP particulièrement vulnérables

Yvan Chaptal, éleveur de 460 brebis laitières en roquefort AOP sur la commune de Saint-Bauzile, est confronté à des contraintes supplémentaires. « Si je veux garder mon label, je ne dois pas acheter plus de 200 kilogrammes de matière sèche sans OGM par UGB (équivalent à 7 brebis) qui ne proviennent pas de mon exploitation », précise-t-il. Il redoute de « perdre l'AOP s'il n'y a plus d'irrigation ».

L'irrigation est essentielle pour les rendements : sur une parcelle irriguée, la luzerne peut être récoltée jusqu'à quatre fois, contre deux sur une parcelle plus sèche. « Au final, qui dit moins d'irrigation dit moins de produits et forcément les prix s'envolent sur le marché », pointe Yvan Chaptal.

Des pistes d'adaptation et des appels aux retenues d'eau

Face à cette crise, les agriculteurs cherchent des solutions. Thierry Palmier rappelle qu'il y a plus de vingt ans, la Lozère a été pionnière en France dans l'organisation entre paysans pour se partager la ressource avec des tours d'eau. Yvan Chaptal expérimente depuis deux ans l'association du tournesol et de la luzerne. « L'adaptation, c'est le cœur de notre métier. Le tournesol fissure le sol et ses racines sont profondes, cela aide la luzerne à s'implanter correctement et permet de faire une récolte en attendant », détaille-t-il, mais « malgré tout, il faudra toujours de l'eau pour faire pousser des plantes ».

Pour les deux agriculteurs, la création de retenues d'eau est inévitable et urgente. « J'aimerais qu'on mette notre énergie dans la recherche de solutions pour pouvoir récupérer l'excédent d'eau en hiver et la distribuer l'été collectivement », assume Yvan Chaptal. Connue pour être le pays des sources, la Lozère ne dispose pas de nappes phréatiques importantes et quasiment aucun affluent ne vient grossir les débits des cours d'eau l'été. « Il faut un vrai courage politique de la part des élus pour lancer des projets de retenue », conclut Thierry Palmier.

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