La journée de solidarité, instaurée après la canicule de 2003 qui avait fait près de 15 000 morts, rapporte chaque année environ 3,5 milliards d’euros. Contrairement à une idée reçue, ces fonds ne sont pas exclusivement dédiés à la climatisation des Ehpad, mais financent un large éventail de mesures pour les personnes âgées et handicapées.
Origine et mécanisme de la journée de solidarité
Créée par la loi du 30 juin 2004, la journée de solidarité impose aux employeurs de verser une contribution de 0,3 % sur les salaires, ce qui représente un jour de travail non rémunéré pour les salariés (le lundi de Pentecôte ou un autre jour). Cette contribution est collectée par l’Urssaf et reversée à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).
Affectation des recettes : priorité au grand âge
Selon la CNSA, les 3,5 milliards d’euros collectés en 2023 ont été répartis comme suit : 1,8 milliard pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), 1,2 milliard pour les services d’aide à domicile, et 500 millions pour les établissements pour personnes handicapées. « Ces sommes permettent de financer des dépenses de fonctionnement, d’investissement et de personnel », précise un rapport de la Cour des comptes de 2022.
Un financement insuffisant face aux besoins
Malgré ces montants, les Ehpad restent sous-financés. Une enquête de la Drees de 2023 indique que 40 % des Ehpad sont en déficit. « Les 3,5 milliards ne couvrent qu’une partie des besoins. Il faudrait au moins 1 milliard supplémentaire pour rénover les établissements et améliorer les conditions de travail », estime Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, syndicat des Ehpad privés.
La climatisation, un enjeu récurrent
Lors de la canicule de 2022, 44 % des Ehpad ne disposaient pas de pièce rafraîchie, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement a débloqué 100 millions d’euros en 2023 pour l’installation de climatiseurs, mais ce montant reste modeste face aux 3,5 milliards annuels. « La journée de solidarité aurait dû suffire à climatiser tous les Ehpad, mais l’argent a été utilisé ailleurs », déplore Jean-Pierre Riso, président de l’association de défense des retraités.
Contrôle et transparence des fonds
La CNSA publie chaque année un rapport sur l’utilisation des fonds. En 2023, 2,3 milliards ont été alloués aux aides individuelles (Allocation personnalisée d’autonomie, Prestation de compensation du handicap) et 1,2 milliard aux établissements. « Les fonds sont traçables, mais leur répartition est critiquée car elle ne répond pas toujours aux urgences », note un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de 2021.
Conclusion : un dispositif à réformer ?
Alors que le nombre de personnes âgées dépendantes devrait passer de 1,3 million en 2020 à 2 millions en 2050, plusieurs voix appellent à une réforme. Le député Jean-Christophe Combe (LREM) propose d’indexer la contribution sur l’inflation et de flécher une partie des recettes vers la rénovation thermique des Ehpad. « Il est temps de revoir le système pour qu’il réponde mieux aux défis du vieillissement », conclut-il.



