Le syndicat agricole lance un ultimatum au gouvernement depuis son congrès normand
Réunie en congrès à Caen, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) a adressé un avertissement sans équivoque aux autorités. Le puissant syndicat agricole réclame des mesures immédiates et significatives concernant le prix du carburant et des engrais, sous peine de relancer une mobilisation de terrain dans les prochains jours.
Une pression accrue sur les prix du gazole non routier et des fertilisants
Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a déclaré avec fermeté que sans actions concrètes « dans les prochains jours », l'organisation appellerait à nouveau ses membres à se mobiliser. Les agriculteurs français subissent de plein fouet la hausse vertigineuse des prix du gazole non routier (GNR) et des engrais, une situation exacerbée par le conflit au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d'Ormuz.
« Mon message au Premier ministre a été très clair : nous ne voulons pas de mesurettes », a lancé Arnaud Rousseau devant une salle comble du parc des expositions de Caen. « Il nous faut une remise de 30 centimes du litre de GNR en pied de facture pour le carburant. Tout de suite », a-t-il insisté, suscitant les applaudissements nourris des congressistes.
Des négociations tendues avec le gouvernement et l'Union européenne
Reçu lundi à Matignon, le leader syndical avait obtenu du Premier ministre, Sébastien Lecornu, la promesse d'aller « plus loin si la guerre devait se poursuivre ». Cette déclaration fait suite à l'annonce d'une aide gouvernementale équivalente à 4 centimes d'euro par litre, jugée totalement insuffisante par la profession en pleine période de travaux des champs.
Sur le front européen, la situation n'est guère plus encourageante. Arnaud Rousseau a révélé que le gouvernement français avait porté à Bruxelles une demande de suspension de la taxe carbone européenne sur les fertilisants, mais s'est heurté à « la fin de non-recevoir » du commissaire européen à l'agriculture. « Nous ne pouvons le tolérer », a-t-il tonné, ajoutant : « Alors, je le dis, sans réponse de la ministre demain, sans mouvement flagrant, dans les prochains jours, nous n'aurons d'autre choix que de nous remobiliser ».
Un congrès marqué par des enjeux internes et électoraux
Ce 80e congrès de la FNSEA, qui s'achève jeudi avec l'intervention de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, coïncide avec une phase cruciale de renouvellement de la gouvernance du syndicat. Arnaud Rousseau, céréalier de 52 ans et président du géant des huiles Avril, brigue un nouveau mandat à la tête de l'organisation. Pour l'heure seul candidat, sa réélection lors du conseil d'administration électif du 16 avril semble acquise.
Le nouveau conseil de 68 membres, issu de différentes filières et régions, présente une composition renouvelée avec désormais « 28% de femmes » contre près de 15% auparavant. La plupart des cadres déjà en place ont été réélus, confirmant la continuité à la direction du syndicat.
Une stratégie tournée vers les échéances politiques futures
Autre temps fort de ce congrès normand : l'adoption du « rapport d'orientation 2026 », que le président de la FNSEA présente comme « notre entrée en campagne pour la présidentielle de 2027 ». Arnaud Rousseau a annoncé son intention de rencontrer tous les partis présentant des candidats, portant « une vision stratégique » que le syndicat estime avoir fait défaut ces dernières années.
Ce document trace selon la FNSEA « un cap clair pour enrayer le déclin de l'agriculture française », défendant une souveraineté alimentaire et agricole fondée sur la « capacité à produire » et la « compétitivité » au sein de l'Union européenne. À 80 ans, la puissante fédération qui revendique 212 000 adhérents entend ainsi reconquérir son influence, après avoir vu sa domination contestée ces dernières années au profit notamment de la Coordination rurale.



