Depuis ce 15 mai, la France a décidé d'appliquer le règlement européen "Novel food" qui interdit la vente de produits alimentaires contenant du CBD. Une décision qui suscite la colère des producteurs de chanvre du Biterrois, qui voient leur activité compromise.
Un coup dur pour les agriculteurs locaux
Franck Bocognano, agriculteur chanvrier à Boujan-sur-Libron depuis cinq ans, ne peut plus vendre ses tisanes, macérâts, bières, madeleines et autres produits bio au CBD. La Direction générale de l'alimentation (DGAL), dépendant du ministère de l'Agriculture, a en effet décidé de faire appliquer la réglementation européenne dite "Novel food". Celle-ci interdit la vente des produits alimentaires contenant du CBD, un cannabinoïde présent dans le chanvre.
Pour Franck Bocognano, c'est la douche froide. Il avait choisi la culture du chanvre en reprenant le domaine familial. "C'est une plante ancestrale aux multiples vertus. Dans le chanvre, tout est utilisé. Il a surtout la faculté de nourrir les gens de façon responsable car le chanvre est dans le top 10 mondial des végétaux riches en protéines", explique-t-il. Il avait tout fait dans les règles, optant pour une culture bio de six variétés de chanvre homologuées par l'Union européenne, ne contenant pas plus de 0,3 % de THC.
Désormais, il ne peut plus vendre ses produits alimentaires au CBD, même s'il peut encore commercialiser ses fleurs séchées à fumer ou vapoter, ainsi que ses cosmétiques. "J'ai investi du temps, de l'argent, j'ai ouvert une boutique, j'ai trouvé des marchés, je travaille avec un réseau de 80 distributeurs. Et là, il faut que j'arrête ! Que vais-je faire de mon stock ? Sans parler des fournisseurs qui commencent à m'appeler", déplore-t-il.
Une filière en danger
"Cette directive tue tout un pan de l'économie locale", soupire Franck Bocognano. Il n'est pas le seul dans cette situation. Sonia Courty, de la ferme du Gasquinoy à Béziers, produit du CBD transformé en huile alimentaire ou en tisanes. "Je trouve cette directive injuste et injustifiée. Il va falloir trouver d'autres débouchés. Pourtant, c'est une plante qui offre tant de vertus", confie-t-elle.
Jean Poulet, chanvrier à Béziers et président de l'association Hempinova, ajoute : "Le CBD alimentaire, c'est 40 % du chiffre d'affaires des cannabiculteurs. On ne peut pas du jour au lendemain leur enlever une partie de leurs revenus. Cette loi européenne, actée depuis 2015, n'a pas été appliquée en France. On a laissé faire pendant des années, inciter les agriculteurs à se diversifier, et on se retrouve maintenant avec des produits interdits."
Franck Bocognano conclut : "Les grands groupes s'adapteront toujours, mais les petits producteurs, eux, risquent de disparaître."
Un amalgame contesté
Jérémy Gaillard, formateur à la Chambre d'agriculture Occitanie et fondateur de l'Association française des producteurs de cannabinoïdes, dénonce l'amalgame fait par l'Europe entre la molécule de CBD isolée chimiquement et le CBD naturellement présent dans la fleur de chanvre. "Le chanvre est l'une des plus vieilles cultures de l'humanité ! L'homme l'a toujours transformé pour le consommer", rappelle-t-il. Il comprend l'interdiction des novel foods, mais pas celle des produits à base de CBD naturel.
Il souligne également un autre problème : "De nombreuses boutiques vendent des produits de synthèse stupéfiants ajoutés à du CBD. C'est une catastrophe pour notre filière car les pouvoirs publics font aussi l'amalgame. La DGAL devrait plutôt lutter contre ces produits nocifs."
Enfin, il dénonce l'absurdité de la situation : "Les personnes qui utilisent le CBD contre le stress ou les douleurs vont devoir fumer ou vapoter, ou pire, acheter à l'étranger des produits sans traçabilité. Ce texte européen conduit à l'avortement de la filière chanvre en France."



