Première scène. Premier choc sensoriel. Chars en déroute, tirs ennemis, militaires désespérés… Au beau milieu de la bataille de Montcornet, qui voit armées françaises et allemandes s’affronter en Picardie en mai 1940, un soldat tricolore s’écrie : « C’est la débandade ! » Réponse bravache de son chef, colonel en passe de prendre du galon après une audacieuse manœuvre : « Est-ce que j’ai l’air de débander ? »
Imagine-t-on le général de Gaulle dire ce genre de choses ? Non. Et c’est la force du réalisateur, l’ancien diplomate Antonin Baudry, qui assume d’emblée sa conviction qu’il fallait sortir du musée et du manuel scolaire pour donner vie à la figure centrale de l’histoire de France du XXe siècle. Et éventuellement réussir à intéresser la nouvelle génération. Pari risqué, potentiellement clivant. Mais réussi.
Un film présenté à Cannes avant sa sortie
Présenté ce mercredi soir au Festival de Cannes, avant sa sortie le 3 juin dans les salles, le premier volet de « La Bataille de Gaulle », baptisé « L’Âge de fer » (le deuxième sera en salles un mois plus tard), est un film à l’image de son héros : courageux et un peu fou de croire ainsi en son destin. Superproduction parmi les plus coûteuses de l’histoire du cinéma français, zoomant uniquement sur la période 1940-1944, ce qui l’éloigne du biopic ronflant, ce projet se joue des embûches avec un plaisir jubilatoire.
Un casting audacieux et un mélange des genres
Premier choix fort : ne pas offrir le rôle-titre à une immense star du 7e art. Mais à un solide pilier du théâtre français, Simon Abkarian, auteur et metteur en scène, grand comédien aussi, bien sûr, vu notamment à la télé dans la série « Kaboul Kitchen » ou au cinéma chez Cédric Klapisch ou dans James Bond (« Casino Royale »). Entre l’acteur d’origine arménienne et le militaire lillois, pas d’immense ressemblance physique sur le papier. Mais la silhouette iconique est bien là et, surtout, Abkarian impose un charisme « gaullien » qui fait mouche rehaussé de gestes précis, d’intonations évocatrices.
Deuxième parti pris audacieux : ne pas avoir eu peur de mélanger les genres. Thriller historique, film de guerre, drame psychologique et même quelques scènes de… comédie (pas toujours très bien dosées) : il y a un peu de tout ça dans cette « Bataille de Gaulle ». Les puristes en quête de solennité en seront sans doute pour leurs frais. Les autres jouiront de vrais moments de cinéma, redécouvriront sous une autre forme une page d’histoire que l’on se surprend à ne pas si bien connaître que ça.
Une fresque impressionnante de 2h40
L’exil du général à Londres filmé par le réalisateur du « Chant des Loups » ? Un incroyable coup de poker, sacrément solitaire. Le héros ressemble plus à un Don Quichotte idéaliste qu’à un D’Artagnan flamboyant. On n’a jamais vu De Gaulle comme ça. On a beau connaître l’épilogue de l’histoire et les rebondissements qui le remettent en selle, la naissance de la France libre devient cette incroyable épopée. Des échanges passionnés dans le bureau londonien de Churchill à un accident d’hydravion au milieu des éléphants en Afrique, en passant par un long siège au beau milieu du désert, elle déroule des scènes prenantes, spectaculaires.
Et, tout au long d’une impressionnante fresque de 2h40, exhale avec ferveur mais sans mièvrerie « une certaine idée de France », pour reprendre le titre de la biographie du général de Gaulle signée de l’historien britannique Julian Jackson, qui sert de base narrative au diptyque.
- Benoît Magimel (Koenig) et Niels Schneider (Leclerc) en figures de la France libre
- Mathieu Kassovitz en chef d’état-major de la marine sous Pétain (Darlan)
- Le casting mêle valeurs sûres et jeunes pousses prometteuses comme Anamaria Vartolomei et surtout Florian Lesieur, révélation dans le rôle de Ferdinand, jeune Parisien (ayant vraiment existé) dont la fièvre gaulliste aura une incidence sur le cours de l’histoire.
La note de la rédaction : 4/5
« La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer », film d’Antonin Baudry avec Simon Abkarian, Florian Lesueur, Niels Schneider, Benoît Magimel, Anamaria Vartolomei… 2h40. Sortie le 3 juin en salles.



