À Pégairolles-de-l'Escalette, dans l'Hérault, Laetitia Chauchard, éleveuse de 90 chèvres et productrice de pélardons, vit un été particulièrement difficile. La chaleur, la sécheresse et la flambée des coûts transforment la saison en véritable parcours du combattant. Sa récolte de foin a été divisée par deux, et elle doit désormais acheter ce complément à des prix qu'elle juge excessifs.
Une chaleur qui dicte le rythme à la ferme
Derrière le petit village de Pégairolles-de-l'Escalette, les chèvres de Laetitia Chauchard cherchent la fraîcheur. "Toute la journée, elles restent au bord de la Lergue", explique l'éleveuse. Dans les prés, la sécheresse se voit à l'œil nu. Si les arbres apportent de l'ombre aux bêtes, ils ne souffrent pas moins de la chaleur. "Les arbres aussi subissent, il fait tellement chaud que les feuilles craquent", observe-t-elle. Les vignes ne sont pas épargnées : "D'habitude, la vigne, c'est solide. Là, les feuilles sont aussi cramées par les températures", déplore-t-elle.
Pour nourrir ses chèvres, elle doit compléter le manque des champs par des achats de foin dont les montants ne cessent d'augmenter. Cette année, sa propre récolte a été réduite de moitié. "Ce que j'ai produit c'est moitié moins que d'habitude. 2026, on s'en souviendra", raconte-t-elle. Le problème est que les récoltes souffrent autant que les bêtes. Certains producteurs voient leurs champs vides, pendant que d'autres vendent leur foin "à prix d'or". "Il faut aller chercher le foin toujours plus loin. Ceux qui peuvent m'en vendre sont ceux qui irriguent et ils en veulent pour une fortune", ajoute-t-elle.
Une situation qui risque de se prolonger
Cette situation pourrait perdurer. "2026 c'est l'année des galères, mais l'année prochaine on va encore le subir. C'est l'effet rebond", prévient l'éleveuse. Car les chèvres ne se nourrissent pas que de foin, mais aussi de céréales et de compléments pour garantir leur bonne santé. "Entre la chaleur, le gasoil et le foin, tout a flambé !", s'exclame-t-elle.
À la chaleur s'ajoute une autre difficulté : vendre les fromages. Au printemps, l'éleveuse s'est retrouvée avec trop de production. Elle a donc décidé de réduire la production. Depuis la fin du mois de mai, elle ne traite ses chèvres plus qu'une fois par jour. "La monotraite c'est une perte de 30 %", confie-t-elle. Mais cette perte est devenue préférable à une production excessive. "Les pélardons que je produis, j'arrive à les vendre dans les marchés de producteurs de pays. Et je préfère ça plutôt que produire à l'excès, et devoir jeter."
Des marchés estivaux moins fréquentés
La canicule se fait aussi sentir sur les marchés. Les clients sortent moins, restent moins longtemps et réduisent leurs achats. Pourtant, Laetitia Chauchard fait partie des productrices qui vendent ses pélardons les moins chers. "La chambre d'agriculture avait fait une étude. Le prix moyen est de 2 €, moi je les fais à 1,80 €", explique-t-elle. "D'habitude j'en vends à un semi-grossiste qui m'en prend 1 000 par semaine. Cette année, on était à peine à 500".
Sur les étals, les habitudes changent aussi. "En temps normal, je vendais mes fromages par six, mais les gens en demandent moins. Souvent autour de trois ou quatre. Pour nous comme pour les clients, chaque dépense est calculée. Tous ces marchés estivaux fonctionnent moins ces temps-ci parce que les gens consomment moins", constate-t-elle. Bien que moins fréquentés, ils restent un point d'ancrage essentiel à l'échelle locale. "Les habitués reviennent et même si leur pouvoir d'achat est peu élevé, ils achètent local. C'est aussi un moyen de créer du lien social, de discuter."
Une année record de difficultés
Après cinq ans d'installation, le constat est sans appel : "Cette année, c'est la plus dure", affirme l'éleveuse. Elle reste pourtant consciente d'être relativement épargnée grâce à la Lergue et aux nombreux arbres qui font de l'ombre sur son exploitation. "Le problème ce sont les phénomènes météo hors-norme. Entre les gros grêlons, les gros orages, les grosses pluies l'hiver et les grosses chaleurs l'été, tout est dans l'excès !", observe-t-elle. "On est contraints de s'adapter, mais chaque adaptation représente un coût non négligeable."



