Appel à la tradition : un argument fallacieux omniprésent
Appel à la tradition : un argument fallacieux courant

Le terme « appel à la tradition » ne vous dit rien ? Ce qu’il décrit fait pourtant partie de notre quotidien. Sur les plateaux télé, les polémistes et politiciens l’agitent à tour de bras. Quant aux publicitaires, ils s’en servent à tire-larigot pour nous vendre tout… et parfois n’importe quoi.

Qu’est-ce qu’un appel à la tradition ?

L’appel à la tradition, également nommé argumentum ad antiquitatem, est un argument fallacieux qui consiste à affirmer que si une pratique est ancienne, elle est nécessairement souhaitable. L’idée repose sur le raisonnement suivant : puisqu’une chose est faite de longue date, c’est que la prémisse qui la soutient est valide et qu’elle résiste aux changements contextuels.

Pourquoi est-ce un argument fallacieux ?

Parce que l’ancienneté d’une pratique ne garantit ni une bonne prémisse ni qu’elle est adaptée au monde moderne. Pour preuve, de nombreuses traditions, quoiqu’ayant perduré pendant des siècles, nous paraissent aujourd’hui immorales, absurdes ou les deux à la fois : fumer dans les lieux publics ; l’esclavage ; l’excision des femmes ; l’exorcisme pour soigner les troubles psychiatriques ; le duel pour trancher les litiges ; le mariage arrangé ; le mariage des enfants ; réserver l’éducation ou le droit de vote aux hommes ; la saignée (ou les sangsues) pour guérir les malades.

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Si ces pratiques vous semblent aberrantes, elles n’ont pourtant pas disparu du jour au lendemain : dans certains cas, leur abolition s’est même heurtée à de farouches résistances.

D’autres traditions pouvaient être justifiées à une époque, sans plus l’être aujourd’hui. Par exemple, il a longtemps été logique, pour un couple, de faire autant d’enfants que possible : la mortalité infantile était élevée et il fallait quelqu’un pour assurer la subsistance des parents lorsqu’ils seraient trop âgés pour travailler. À l’heure des vaccins, des antibiotiques, du système des retraites et des Ehpad, il n’est plus nécessaire d’avoir huit ou dix enfants (voire d’en avoir tout court).

Pourquoi on s’en sert aussi souvent ?

En marketing, l’objectif est de rassurer, de générer la confiance : si c’est ancien, c’est éprouvé, donc ça marche. En politique, c’est plus pervers, puisqu’il s’agit de jouer sur ce qu’on nomme le biais du statu quo : la crainte de l’incertitude qui découle du changement. En outre, la tradition est souvent associée à l’identité sociale : on s’y accroche par peur de perdre un élément normatif, ciment du groupe auquel on s’identifie.

Comment s’en prémunir ?

En se souvenant d’une chose simple : l’ancienneté ne garantit ni l’efficacité ni la désirabilité. Le maintien d’une tradition peut être souhaitable, mais le cas échéant, ce n’est pas parce que c’est une tradition.

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