Agrilocal 48 : quand les cantines scolaires dynamisent l'agriculture locale
Dans le département de la Lozère, une initiative remarquable transforme l'approvisionnement des cantines scolaires tout en soutenant les producteurs locaux. Agrilocal 48, plateforme numérique gratuite, sert d'interface entre la restauration collective et les agriculteurs du territoire, tout en garantissant le respect strict des règles de la commande publique.
Un outil juridiquement sécurisé pour les achats publics
Contrairement à une simple vitrine en ligne ou une centrale d'achat classique, Agrilocal 48 combine mise en relation et sécurité juridique. "Le premier objectif est de mettre en relation acheteurs et producteurs d'un bassin d'approvisionnement. Le second est de respecter les règles de la commande publique", explique Adélaïde Larzillière, chargée de mission Agrilocal 48 et du Projet alimentaire territorial du Département.
Portée par une association nationale qui développe l'outil informatique et veille à sa conformité juridique, la plateforme est animée localement dans chaque département adhérent. En Lozère, son utilisation est entièrement gratuite pour tous les utilisateurs : ni adhésion, ni commission. Les fonctionnalités sont régulièrement vérifiées avec l'appui d'un juriste spécialisé.
Des résultats concrets pour l'économie locale
En 2025, Agrilocal 48 affichait des chiffres significatifs :
- 230 producteurs inscrits (dont 70 réellement actifs)
- 135 acheteurs (45 ayant passé des commandes sur deux ans)
- 60 tonnes de produits vendus
- 330 000 euros de chiffre d'affaires généré
- Un tiers provenant de l'agriculture biologique
Les collèges représentent à eux seuls 70% des achats, faisant d'Agrilocal l'outil principal pour l'approvisionnement local de la restauration scolaire lozérienne. Le Département soutient cette dynamique avec une enveloppe annuelle de 60 000 euros destinée à encourager l'introduction de produits locaux ou de qualité dans les cantines.
L'exemple concret du collège Marthe-Dupeyron de Langogne
Nicole Delaspre, cheffe de cuisine au collège Marthe-Dupeyron de Langogne, utilise Agrilocal depuis plus de huit ans. Son établissement sert quotidiennement 210 à 220 repas aux collégiens, au personnel et à deux écoles voisines. "On n'est pas à 100%, mais on s'approvisionne quand même à 70 ou 75% par Agrilocal", précise-t-elle.
Une vingtaine de producteurs locaux fournissent régulièrement fromages, yaourts, viande, légumes, pommes de terre, farine ou lentilles. Le processus est simple : la cheffe lance un appel d'offres sur la plateforme, les producteurs reçoivent une alerte et disposent généralement d'une semaine pour répondre. "Quand plusieurs proposent le même produit, j'essaie de faire tourner un peu entre eux", ajoute Nicole Delaspre.
Contrairement aux idées reçues, cette approche locale n'augmente pas nécessairement les coûts. Le collège sert un repas végétarien par semaine, ce qui réduit le prix de revient global, tout en limitant le gaspillage alimentaire. Résultat : le coût matière reste autour de 2,60 euros par repas, pour un tarif facturé aux familles d'un peu plus de 3 euros.
Un débouché structurant pour les agriculteurs lozériens
Pour les producteurs, Agrilocal représente un débouché commercial essentiel. L'association des Fermes bio de Lozère, créée il y a cinq ans par des éleveurs bovins, s'appuie largement sur ce circuit. "On était cinq au départ, aujourd'hui on est sept et on va passer à huit", détaille Michel Jouve, éleveur installé à Saint-Julien-du-Tournel.
Le collectif s'est organisé pour valoriser localement une production bio qui partait auparavant hors du territoire. Pour cette structure, Agrilocal représente environ 60% des volumes commercialisés. La restauration collective absorbe les morceaux standards tandis que les restaurants utilisent les pièces plus nobles.
"C'est valorisant pour un éleveur de savoir que sa viande est servie dans des cantines locales", souligne Ludovic Evesque de Meyrueis, chargé de la commercialisation.
Des disparités géographiques persistantes
Malgré ces succès, la géographie lozérienne reste un facteur déterminant. Les établissements situés dans des villes comme Mende, Marvejols ou Saint-Chély-d'Apcher, plus faciles d'accès, sont mieux desservis que certains collèges isolés du sud Lozère.
Cette situation crée des écarts significatifs :
- Les plus gros établissements atteignent 25% d'achats locaux (dont 12% en bio)
- Les plus petits tournent plutôt autour de 10% de produits locaux (dont 4% de bio)
- La moyenne départementale se situe autour de 15% d'achats locaux
En 2025, les produits laitiers arrivaient largement en tête avec 20 tonnes vendues, devant les fruits et légumes (11 tonnes) et la viande (8 tonnes). En valeur, produits laitiers, viande et pain représentaient chacun environ 20% des achats totaux.
En Lozère, l'approvisionnement local s'installe progressivement mais sûrement dans les menus des cantines scolaires, créant ainsi un cercle vertueux entre éducation, agriculture et économie territoriale.



