Yacine Sif El Islam présente son triptyque intime au Théâtre national de Bordeaux
Yacine Sif El Islam présente son triptyque au TNBA

Yacine Sif El Islam dévoile son triptyque intime au Théâtre national de Bordeaux Aquitaine

Yacine Sif El Islam, comédien et metteur en scène formé à l'École supérieure de théâtre de Bordeaux Aquitaine (Estba) et co-fondateur de la compagnie des Avant-Postes, présente actuellement son œuvre « Spécimen - sola gratia / agnus dei / gloria mundi » au Théâtre national de Bordeaux Aquitaine (TNBA). Cet artiste, qui se décrit comme « un pur enfant de la République », a construit son parcours au sein du service public culturel, depuis les ateliers théâtre au collège jusqu'à sa formation professionnelle à Bordeaux.

Un parcours artistique ancré dans le service public

Originaire de Haute-Saône, Yacine Sif El Islam a méthodiquement gravi les échelons du système culturel public français. Après avoir participé à des options théâtre au lycée, il intègre l'Estba, puis fonde sa propre compagnie. Il collabore avec des figures du théâtre contemporain comme Catherine Marnas avant de rejoindre l'univers artistique de Fanny de Chaillé au TNBA. Son approche artistique fusionne délibérément ses différentes cultures d'origine, créant des mythologies personnelles qui résonnent avec l'intime.

« Spécimen » : un triptyque autobiographique et universel

L'œuvre présentée au TNBA constitue un triptyque autobiographique dont la première partie, « sola gratia », avait déjà été remarquée lors du Festival d'Avignon en 2025 et publiée aux éditions Komos. Cette création est également disponible en podcast sur France Culture. Le projet complet se déploie en trois volets successifs : « Sola Gratia » (2021), « Agnus Dei » (2025) et « Gloria Mundi » (2026).

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« Je crois que c'est pour comprendre le monde dans lequel on est », explique l'artiste concernant la genèse de ce triptyque. « Je n'arrive pas à faire avec le monde, avec sa violence, les violences intimes, celles de l'enfance. J'ai besoin en fait de me confronter aux gens pour dire 'Qu'est-ce qu'on vit en fait ?' »

La recherche d'une justesse scénique

Interrogé sur la manière dont il parvient à interpréter ces textes profondément émouvants sans s'effondrer sur scène, Yacine Sif El Islam insiste sur la nécessité d'une certaine retenue. « Je me dis qu'il ne faut pas se vautrer dans le sentiment. On peut dire des choses extrêmement intimes, mais il faut être droit », affirme-t-il, citant un précepte de sa grand-mère : « Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, abstiens-toi. »

Pour l'artiste, la scène représente un privilège qui impose une responsabilité : « Il ne faut pas faire de la guimauve, ni faire couler des larmes pour des larmes, il faut être digne de l'histoire qu'on raconte, de la place qu'on a aussi. »

Du corps à la parole : une approche organique

La transition entre les différentes formes d'expression – du texte à la danse, du corps à la parole – s'opère de manière naturelle dans son travail. « Quand on ne peut plus dire, il faut soit chanter soit crier. Et on danse quand on ne peut plus bouger, on danse quand marcher ne suffit plus », décrit-il. Cette approche lui permet d'affronter des sujets difficiles comme la perte de ses sœurs, la douleur de sa mère, ou la guerre, tout en conservant une conscience aiguë de « la vanité de la chose » artistique.

Les sources culturelles plurielles d'une création

L'imaginaire de Yacine Sif El Islam puise dans des traditions culturelles diverses : le catholicisme, l'islam et la mythologie grecque. Son rapport au catholicisme remonte aux messes villageoises avec son grand-père, où il vivait les récits bibliques comme des histoires dramatiques. « C'est là que j'ai eu cette épiphanie : c'est génial de raconter des histoires », se souvient-il.

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L'islam, qu'il porte dans son nom, représente un héritage familial, particulièrement incarné par la figure de sa grand-mère. Quant à la mythologie grecque, elle a nourri sa passion précoce pour les récits fondateurs. « Pour moi, tout est histoire », résume l'artiste, dont le travail synthétise ces différentes sources dans une narration personnelle et universelle.

La création sonore de « Spécimen » est signée Benjamin Ducroq, tandis que Chloé Agag en assure la création lumière. Les représentations se tiennent du mardi 17 au 20 mars au Théâtre national de Bordeaux Aquitaine.